Garance, le dernier film de Jeanne Herry (Elle l’adore, 2014; Pupille, 2018; Je verrai toujours vos visages, 2023), repose quasi entièrement sur les épaules d’Adèle Exarchopoulos, très convaincante en comédienne alcoolique. A à visée quasi didactique, le film documente les ravages de l’alcoolisme chez une personne qu’on n’associe pas spontanément à cette addiction: une trentenaire évoluant dans le milieu du spectacle vivant. Le récit suit sa trajectoire sur une année. Toute la première moitié du film est commentée en off par deux voix, celle de la protagoniste et celle d’une femme qu’on identifiera plus tard: Pauline (Sara Giraudeau), la scénographe dont Garance va tomber amoureuse.
Au début du récit, Garance est en couple avec un homme, véritable caricature de musicien parasite qui gratte sa guitare avec ses copains pendant qu’elle se démène pour assurer l’intendance. Elle finit par le quitter après avoir avorté, accompagnée par sa sœur parce que son mec trouve ça «trop triste»… Elle fait, au départ, partie d’une troupe de théâtre, mais reste cantonnée aux spectacles pour enfants, qu’elle assure de plus en plus difficilement à mesure que sa dose quotidienne de vin blanc augmente.
Bientôt, un repas collectif de la troupe se transforme en tribunal pour l’exclure et l’obliger à se soigner, ce qu’elle refuse énergiquement. Elle renoue avec le doublage mais, là encore, l’alcool la rend inapte à cette activité de précision. Entretemps, elle a remplacé la vie de troupe par la fête quotidienne en boîte au sein d’une communauté LGBT bienveillante… un environnement nocturne qui concourt à banaliser son alcoolisme. «Initiée» par une fille de la bande à une forme de sexualité nettement plus satisfaisante, elle rencontre bientôt Pauline, scénographe solitaire, pour qui elle a un coup de foudre réciproque.
Sara Giraudeau incarne de manière un peu trop irénique les bonnes copines en acceptant sans jugement la consommation d’alcool de Garance. Elles s’installent ensemble, mais le covid les sépare: Pauline retourne dans sa campagne, tandis que Garance se retrouve dans la maison familiale avec sa mère, sa sœur et sa nièce (on peut trouver l’histoire de la sœur enceinte et leucémique un peu trop pathétique).
Garance n’est quasiment entourée que de figures féminines protectrices et sa maladie ne prend jamais de forme violente. La vision que donne le film de l’alcoolisme, de ses effets sur la personne et sur son entourage est un peu trop soft. Et le récit de sa guérison confine au feel good movie: après avoir tenté de diminuer sa dose, sans succès, elle accepte de se sevrer quand son médecin lui montre que 70% de son foie est atteint. Mais son refus de quitter son cercle amical et son appartement parisien rend la réussite de sa cure de désintoxication très invraisemblable.
On comprend que Jeanne Herry veut éviter de «désespérer» son public. Cependant, la réalité clinique et sociale de l’alcoolisme colle assez mal avec ce tableau rassurant. C’est dommage.