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Pour une opposition matérialiste aux OGM (1/2)

Carnets paysans

En juin, le Parlement européen adoptait une nouvelle législation1>Voir le dossier de presse de la Confédération paysanne du 17 juin 2026, applicable dès 2028, visant à déréguler radicalement la culture et la commercialisation d’organismes génétiquement modifiés (OGM) obtenus via de nouvelles techniques génomiques (NTG). En Suisse, un projet de loi calqué sur ce modèle est en cours de discussion, avec quelques précautions supplémentaires par rapport à la mouture européenne.

Ces OGM de nouvelle génération sont obtenus sans transgenèse, mais par des procédés actuels de modification du génome. Si les techniques de sélection changent, elles s’inscrivent néanmoins dans la continuité du paradigme dominant la sélection végétale depuis la fin du XXe siècle: une génétique combinatoire plutôt qu’héréditaire2> Lire Christophe Bonneuil et Frédéric Thomas, Gènes, pouvoirs et profits. Recherche publique et régimes de production des savoirs de Mendel aux OGM, Ed. Quae, 2009. Avec le règlement adopté en juin, ces «nouveaux OGM» seront, à quelques maigres exceptions près, libérés des contraintes de traçabilité et d’évaluation des risques.

L’abolition de ce cadre réglementaire permet aussi une application très extensive des droits de propriété intellectuelle. Les paysan·nes pourront ainsi être exposé·es à des poursuites pour contrefaçon en cas de contaminations en plein champ, ou si des variétés voisines présent des caractères similaires à ceux brevetés.

Ainsi les NTG constituent moins une innovation technique qu’économique, grâce aux brevets. Aujourd’hui, six multinationales se partagent 60% du marché mondial des semences; ce règlement risque de renforcer leur monopole. Pire encore, une autre refonte législative est en préparation au sein de l’Union européenne: celle de la réglementation sur l’échange de semences, menaçant de le rendre plus restrictif. D’un côté, les OGM issus de NTG pourront circuler de manière totalement libéralisée. De l’autre, la circulation de semences entre paysan·nes risque d’être compromise par de nouvelles contraintes sanitaires et réglementaires.

En 1997, 300 personnes détruisaient une parcelle de colza transgénique à Saint-Georges-d’Espéranche, en Isère. Quatre ans plus tard, des paysan·nes de France et d’Inde neutralisaient un essai de riz OGM au CIRAD – bastion historique de la recherche agronomique publique coloniale. Par ces actions, ils et elles contestaient la fable de l’époque, qui vendait les OGM comme une solution face au changement climatique et à la faim dans le monde. Depuis, la lutte contre les OGM s’est poursuivie à travers les fauchages médiatiques et symboliques menés par les «faucheurs et faucheuses volontaires», des destructions clandestines, des débats académiques et des recours juridiques et législatifs. Ces actions articulées ont permis, contre toute attente, de contenir et freiner la présence des OGM dans les champs français puis européens. Avec une histoire différente, c’est également le cas en Suisse, où un moratoire sur la culture d’OGM est prolongé jusqu’en 2030.

Parallèlement, c’est dans le sillage de cette contestation que sont nées différentes initiatives de défense des semences paysannes, construisant des oppositions concrètes aux fournisseurs de semences industriels et à leur position monopolistique. La reprise en main du travail de sélection par les usager·ères a en effet ouvert, dans le monde agricole, des espaces de construction d’autonomie technique et décisionnelle, de confrontation et de dialogue entre différents savoirs et savoir-faire, notamment avec la recherche scientifique. Il en résulte, dans de nombreuses démarches collectives, la possibilité pour les paysan·nes de sélectionner, cultiver et échanger des variétés de plantes dynamiques et évolutives et de s’affranchir au maximum de l’achat de semences.

Pour que cette autonomie perdure, il faut poursuivre la lutte contre les OGM et les systèmes semenciers dominants. C’est ce que nous aborderons dans la seconde partie de cette chronique.

Notes[+]

Ancien salarié agricole et ancien animateur de groupes de travail dans le réseau de l’Agriculture paysanne.

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