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Fin de la récré

Sismogramme 2/20

Tandis que l’école romande se demande encore quelle place laisser à l’intelligence artificielle générative (IAg) (Le Temps, 28 août 2026) mais que, dans les faits elle semble plier devant la stratégie du fait accompli des entreprises de la Tech, des nouvelles nous arrivent de New York. Quand une élève romande accompagnée d’une enseignante peut se retrouver avec une IAg entre les mains dès la 9e année, la même élève new-yorkaise devra attendre trois ans de plus pour y avoir accès, par exemple, lors de son entrée au gymnase. Sans compter que ce sera «uniquement à travers ‘des expérimentations limitées […] dans un petit nombre de classes’» et que seront «également prévus ‘deux modules annuels consacrés à l’esprit critique face à l’IA pour les lycéens’ et ‘des restrictions du temps d’écran adaptées à l’âge des élèves’». La fin de la récré a-t-elle sonné?
– Dépêche Teletext, 2 septembre 2026.

Dealers de mots

Dealers de mots (Actes Sud, 2026), tel est le titre accrocheur du dernier livre de Frédéric Kaplan, titulaire de la chaire Humanités digitales de l’EPFL à Lausanne. Heureuse nouvelle que cette sortie en librairie. Cela même si les rayons «Intelligence artificielle» ont ces derniers temps résolument pris de l’embonpoint. Il faut dire qu’en la matière, il y a livre et livre. Celui-ci se distingue-t-il des autres? Oui, de toute évidence. Et comment cela? En se retournant enfin sur la matière première de l’IAg: les mots. Les entreprises du secteur sont super-extra-actives dans l’«extraction langagière», faisant depuis le début fi des règles et se moquant comme d’une guigne du droit d’auteur. Une fois pillés, volés ou simplement soutirés à des personnes utilisant les IAg, puis «collectés, analysés [et] modélisés», ces mots vous seront d’abord vendus à vil prix ou offerts gratis, histoire d’appâter le chaland. Puis viendra le jour où ils verront leur cote prendre l’ascenseur et leur prix augmenter, en particulier lorsqu’ils seront devenus pour nous de véritables «prothèses linguistiques» et que nous ne pourrons plus nous en passer. Alors le «locuteur deviendra locataire» des mots. Alors la formule de Pierre-Joseph Proudhon ne saura manquer d’être renversée pieds par-dessus tête par le capitalisme linguistique. Car pour ce dernier désormais le vol, c’est la propriété. Le vol de mots s’entend.
– M. Dupont, Le Monde, 2 septembre 2026.

Un rejet croissant

Un vent de changement semble souffler sur la Silicon Valley. Désormais les patrons se déplacent sous escorte, tandis que les employés (lambda ou non) des grosses boîtes cachent «leur badge et tout vêtement à [leur] effigie». Il y a peu de temps encore, ils arboraient «leurs logos comme des médailles». S’il est une chose que les futurologues n’avaient pas prévue, c’est bien le rejet croissant de l’IAg.
– E. Viniacourt, Libération, 7 septembre 2026.

Boites gigognes

Ainsi OpenAI aurait résolu un «problème mathématique vieux de plus d’un siècle» en à peine quatre jours en «utilisant plus de 10 000 agents IA travaillant de concert». Chapeau bas. Enfin pas sûr, car le conditionnel est encore de rigueur. D’abord parce qu’un parfum de scandale entoure cette performance (possible plagiat). Ensuite parce que le processus d’évaluation doit encore démarrer et qu’il est par nature chronophage. Finalement parce que celui-ci risque de ne jamais être validé en raison de notre avérée incapacité à vérifier les «résultats produits par l’IA». Voici ce qui arrive lorsqu’on joue avec des boîtes gigognes (boîtes noires de boîtes noires de boîtes noires…).
– Dépêche AFP, 9 septembre 2026.

Géographe, écrivain et enseignant, Alexandre Chollier capte les mouvements de l’intelligence artificielle générative (IAg) et les chocs qu’elle provoque dans l’école et au-dehors. Un sismogramme pour décrire, et faire réagir, à retrouver au fil d’extraits publiés deux fois par mois dans Le Courrier durant toute cette année scolaire.

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