Sur les étals de cette grande librairie trônent (liste non exhaustive) les ouvrages de Philippe de Villiers, Jordan Bardella, Eric Zemmour, Gilles-William Goldnadel, Marion Maréchal, Sarah Knafo, et autres cadors de la fachosphère. S’y ajoutent nombre de livres à charge contre LFI et ses représentant·es, signés par des journalistes plus ou moins obscur·es. D’autres alertent encore sur le «danger islamique» et divers fantasmes islamophobes. Ce panel constitue la grande majorité des livres mis en avant aux rayons «société» de cette librairie.
Où sommes-nous? Dans une obscure échoppe tenue par de furieux xénophobes? Dans le kiosque militant d’un groupuscule d’extrême droite? En ouvrant le focus, on trouve, plus loin, le dernier Astérix, une biographie de Taylor Swift, des jeux, des consoles vidéos, des CD, des DVD, et autres produits culturels de consommation courante qui cohabitent joyeusement avec cette rance littérature. De fait, on se trouve à la Fnac Annemasse, soit le commerce le plus mainstream et, a priori, apolitique qui soit. La parole raciste y est pourtant étalée, décomplexée.
Dans toutes les gares et tous les aéroports de France, on trouve des kiosques de presse Relay; ils sont la propriété du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, qu’on ne présente plus. Là aussi, les quelques livres mis en avant sont ceux de ses poulains et affidés, les mêmes cités plus haut. La presse n’est pas en reste: Valeurs actuelles, Frontières, Front populaire, Causeur, le JDD, Furia, des titres aux Unes et contenus démentiels, suintant le racisme par tous les pores, constituent la majorité des titres politiques disponibles. Par contrôle ou par porosité, la ligne Bolloré s’impose avec toutes ses nuances de brun. Et pour compléter le tableau, des hebdomadaires «classiques» comme Le Point ou L’Express ont aussi dévalé cette pente saumâtre (surtout Le Point), ressassant peu ou prou les mêmes thématiques.
Là où le bât blesse est que cette offre ne se limite pas aux boutiques Bolloré. A l’instar des livres qui saturent les rayons de la Fnac, les mêmes titres de presse et essais politiques sont aussi en vente dans les kiosques non bollorisés.
Au sein de la fachosphère jadis disparate, la concordance est désormais de mise. Exemple: Michel Onfray, ex pseudo-anarchiste ayant tombé le masque depuis longtemps, se moquait, il y a encore quelques années, (à juste titre) du va-t-en-guerre BHL. On le retrouve aujourd’hui dans les habits du «philosophe» guerrier en Une du JDD (propriété de Bolloré) en train de visiter avec émotion le croiseur militaire Charles De Gaule. Entretemps, on apprend que Bolloré a racheté le torchon islamophobe d’Onfray, le mal nommé Front populaire. Le front commun est en marche.
Un peu de nuance: on apprenait récemment que suite au rachat de Grasset par Bolloré, une fronde salutaire d’autrices et d’auteurs de cette maison d’édition se créait et suivait son directeur démissionnaire, Olivier Nora, dans une nouvelle aventure éditoriale. Las! Le premier ouvrage paru aux nouvelles éditions Olivier Nora est signé BHL, qui se répand sur les plateaux pour expliquer aux masses manipulées par la fange islamo-gauchiste qu’Israël mène une guerre juste. Le deuxième opus à voir le jour est celui de Delphine Horvilleur, sioniste de choc aux discours lénifiants. Voilà l’état du «débat» intellectuel au pays de Sartre, Camus et Beauvoir!
Sartre avait fondé le journal Libération en 1973, comme organe de contestation radicale. Ce même Libération a fait, il y a quelques jours, sa Une sur l’ouvrage d’Horvilleur pour le promouvoir à grands renforts de superlatifs. Dans un très long interview, l’humaniste autrice nous explique que qualifier ce qui se passe à Gaza de génocide est tout simplement «obscène». Et que si Israël utilise la force, c’est d’abord à cause de «sa psyché d’ultra-vulnérabilité». On est rassuré. Le reste de l’interview est du même acabit.
Les essais politiques, comme les titres de presse, oscillent désormais entre fascisme soft ou frontal, fascisme rose, bleu ou brun. A l’image des contenus des chaînes d’«information» télé ou radio, ils agissent comme un poison inoculé dans un corps pourrissant, sous nos yeux anesthésiés, en attendant l’opération finale.