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Au Tessin, «tous pourris»?

Espresso politique

Une série de scandales sans fin, une classe politique de moins en moins crédible, un désaveu populaire record: depuis longtemps, les affaires s’enchaînent dans le canton italophone, et il caso Zali s’impose comme la preuve ultime que les institutions sont gangrenées jusqu’à l’os.

Fin septembre, Claudio Zali a enfin lâché son siège de conseiller d’Etat. Enfin… disons qu’il a été arraché à son fauteuil du Palazzo delle Orsoline après avoir tenté de s’y agripper jusqu’au dernier souffle politique. Déchu fin juillet de la présidence du gouvernement – reprise par la socialiste Marina Carobbio Guscetti – il a prolongé son agonie institutionnelle comme si le Tessin lui appartenait.

Le représentant de la Lega dei Ticinesi a été remplacé l’UDC Piero Marchesi, qui vient de quitter le Conseil national pour l’exécutif tessinois, après s’être classé deuxième sur la liste conjointe Lega‑UDC aux dernières élections cantonales.

Contrairement à la Lega, l’UDC possède une envergure nationale. Elle se réjouit d’avoir enfin pu évincer d’un poste-clé des alliés devenus depuis longtemps indéfendables par une frange croissante de l’électorat conservateur. D’ailleurs, la même UDC sommait depuis longtemps le «ministre leghista» de démissionner.

L’affaire Zali est sans doute la plus grave parmi les nombreux scandales qui ont secoué le Tessin. Elle éclate le 21 juillet, lorsqu’une femme publie sur Instagram l’enregistrement d’une conversation téléphonique dans laquelle Claudio Zali conseille à une amie de «tabasser» (pestare) une femme harceleuse «comme je l’ai déjà fait moi‑même», ajoutant que si elle ne trouvait pas le courage de le faire, un ami de Milan pourrait s’en charger avec ses hommes. Une menace de style mafieux.

La Suissesse de 52 ans qui avait publié l’enregistrement est retrouvée noyée au mois d’août dans le lac de Lugano. Les circonstances n’ont pas été complètement éclaircies, bien que la thèse accidentelle soit privilégiée – les analyses toxicologiques ayant révélé une alcoolémie particulièrement élevée, associée à la présence de benzodiazépines. Elément troublant: une dizaine de jours avant son décès, elle avait signalé à la police une agression subie presque au même endroit où elle sera retrouvée morte.

Claudio Zali est également visé par deux autres enquêtes pénales, dont l’une pour atteinte à l’intégrité sexuelle. Une affaire que la magistrature a gérée avec une opacité telle que le Ministère public n’aurait même pas saisi le matériel informatique du suspect –de quoi nourrir la suspicion, bien au-delà des cercles journalistiques. Quant aux quatre autres membres du gouvernement – un leghista, un centriste, un PLR et une socialiste –, ils ont donné l’impression de ne pas mesurer la gravité des faits. De quoi alimenter les réactions les plus radicales, au premier rang desquelles le slogan populiste «tutti a casa» réclamant une démission collective. Ce scandale met en lumière une culture de l’omertà bien ancrée: tout le monde sait, personne ne parle. Cette fois, pourtant, un enregistrement et quelques journalistes tenaces – de la Regione et de la RSI – ont fissuré le mur du silence.

Ironie de l’histoire: la droite radicale tessinoise, qui promettait de «faire le ménage», se retrouve au cœur des affaires les plus graves, entre tentative d’assassinat, gestion calamiteuse de BancaStato (21 millions envolés) et condamnations en série pour trafic de drogue, travail au noir, fraude et injures. Quant à la Lega dei Ticinesi, née au début des années 1990 pour faire «piazza pulita» de l’ancienne classe politique, elle accumule une série de condamnations sans égale. Depuis quelques mois, le mouvement demande qu’une rue de Lugano porte le nom de son fondateur, Giuliano Bignasca. Un écho ironique au récent baptême de l’aéroport de Milano‑Malpensa au nom de Silvio Berlusconi, cet autre voisin encombrant dont le casier judiciaire n’a d’égal que la longévité politique.

Roberto Antonini est un journaliste tessinois, ancien correspondant à Washington pour la RSR.

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