Chroniques

Deux initiatives pour le progrès social

UN MONDE À GAGNER

A propos des retraites, la droite nous dit que le futur sera difficile. Il faudra se serrer la ceinture, travailler plus, demander moins. Une période de pénurie s’annonce. Dès lors il serait irraisonnable, d’après elle, d’augmenter de 10% les retraites AVS comme le demande l’initiative AVS+ soumise au peuple en septembre. Ce serait une catastrophe, un acte de sabordage, un Titanic. En matière de droits sociaux, pour la droite, tout ne peut aller que vers le pire!

Par contre, la même droite, toujours aussi financée par les milieux patronaux, nous annonce benoîtement que, en ce qui concerne les ressources naturelles, le futur est radieux (voire même irradié)… Pas de limites, pas de pénurie, pas de soucis. Les ressources de la planète sont illimitées, la technologie trouvera toujours une solution aux problèmes de pollution, et le réchauffement climatique, ce sera pour les générations futures… L’initiative pour une économie verte serait dès lors «extrémiste» et «inutile» (notons, que la logique n’embarrasse pas trop les communicants de droite – on dirait une vieille blague de Woody Allen à qui on demandait comment s’était passé son repas, et qui répondit «c’était dégoûtant, et en plus il n’y en avait pas assez…»).

On voit bien que, pour la droite, ses positions incohérentes entre l’avenir des retraites et l’avenir des ressources naturelles ne relève pas d’une analyse profonde de la situation mais de la logique froide du profit. Dans le fond, son seul but est de défendre les droit des entreprises – et de leurs propriétaires – à maximiser leurs revenus, sans considérations ni pour les travailleurs, ni pour l’environnement.

Bien sûr que l’augmentation des retraites versées pèsera relativement sur le profit des entreprises. Et contrairement à ce qu’une partie des Verts essaye de faire croire, il est évident qu’une gestion rationnelle des ressources naturelles est contraignante pour les entreprises. Elle empêche ces dernières de faire exactement ce qu’elles souhaitent, et peut même renchérir les coûts de production. Il ne faut pas croire à la fable qui voudrait que croissance économique et écologie marchent gaiment main dans la main. Il est temps de rappeler qu’une gestion pour le bien commun de notre environnement est ultimement incompatible avec un marché dérégulé. Et si l’on veut faire une critique de l’initiative pour une économie verte, son problème n’est pas qu’elle serait extrémiste mais au contraire qu’elle est beaucoup trop laxiste.

La gauche, et les syndicats, sont eux cohérents. Il est possible de conquérir du progrès social, d’améliorer le niveau de vie des petites gens, d’augmenter les rentes de retraite et de réduire la durée du travail, tout en préservant notre environnement. Mais nous devons être clairs sur ce que cela implique: réduire le pouvoir de décision des seuls détenteurs du capital dans l’économie. AVS+ et l’initiative pour une économie verte vont dans le même sens. La gauche doit les soutenir également.

* Chercheur et militant.

Opinions Chroniques Romain Felli

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lundi 8 janvier 2018

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