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Face au risque de basculement autoritaire

L'actualité au prisme de la philosophie

Depuis quelque temps, plusieurs publications proposent des conseils pour affronter le risque de basculement vers un régime autoritaire.

Des démocraties et des régimes autoritaires. Dans son ouvrage La dictature, une antithèse de la démocratie? (2019), la juriste Eugénie Mérieau remet en question l’opposition nette entre démocraties et dictatures. On peut en effet identifier deux thèses qui se font face. Là où la théorie libérale voit une différence de nature entre les démocraties libérales et les régimes autoritaires, Eugénie Mérieau souligne au contraire leurs continuités. La différence ne serait alors plus une question de nature, mais de degré. Dans Géopolitique de l’Etat d’exception (2024), elle documente d’ailleurs l’extension dans le monde du recours à des états d’exception, en particulier de l’état d’urgence sous l’effet des lois antiterroristes.

Selon l’institut de recherche suédois V-Dem, les trois quarts des habitant·es du monde vivent désormais sous un régime autocratique, et 45 pays sont en voie d’autocratisation. Dans de nombreux pays, des partis d’extrême droite sont aux portes du pouvoir. Le risque est de voir un certain nombre de pays considérés comme des «démocraties libérales» muter en «démocraties électorales» voire, pire encore, en «autocraties électorales». Dans ces régimes, des élections sont maintenues, mais les droits humains sont de moins en moins respectés. Au bout du spectre se trouve l’autocratie fermée.

Se préparer à résister. Dans ce contexte, plusieurs documents récents préparent les citoyens et les citoyennes à une résistance en cas de basculement autoritaire des démocraties libérales. Le Mouvement pour une alternative non violente (MAN) a publié en janvier 2026 un livret intitulé Manuel citoyen pour une défense civile non violente1>Disponible en ligne (pdf): https://nonviolence.fr/Le-MAN-publie-un-manuel-citoyen-de-defense-civile-non-violente. Il s’agit, en France, d’une association qui dispose de l’agrément «Jeunesse et éducation populaire». L’un des premiers éléments mis en avant par la brochure consiste à repérer les signes avant-coureurs: contrôle des médias, détournement de la justice, éducation orientée, militarisation de la vie civile, attaques contre les contre-pouvoirs, surveillance et intimidation numérique.

Pour se préparer dès maintenant, le manuel conseille de s’informer autrement (en particulier lire la presse indépendante), de former des cercles de confiance, de maîtriser la sécurité numérique de base, d’identifier les ressources locales vitales, de développer l’autonomie et la résilience et de bien connaître ses droits.

Les fonctionnaires face au pouvoir autoritaire. Dans son ouvrage Manuel de résistance à l’extrême droite (2024), le politiste Thomas Guénolé anticipe l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement autoritaire d’extrême droite. Il explore des questions cruciales: les opposants déclarés doivent-ils s’exiler? Les fonctionnaires doivent-ils résister de l’intérieur ou démissionner? Quelles pratiques de résistance adopter et faut-il se syndiquer? Guénolé propose des stratégies concrètes telles que «la grève du zèle», l’organisation en cellules de résistance ou l’usage d’outils numériques sécurisés.

Les universitaires face au recul de la démocratie. Le Manuel d’anti-autocratie: Guide à destination des chercheurs et universitaires confrontés au recul de la démocratie est un document collectif, traduit en français en avril 2026. Rédigé aux Etats-Unis dans le contexte du deuxième mandat de Trump, il fait écho à la situation de l’historien Mark Bray: ce spécialiste de l’antifascisme a dû s’exiler en Espagne du fait des menaces de l’extrême droite étasunienne.

Le document liste les attitudes problématiques qui laisseraient le champ libre à un pouvoir en transition vers l’autocratie: «espérer que cela finira par passer», l’autocensure, l’obéissance anticipée, la réticence à s’engager politiquement, ou encore «s’aligner sur le nouveau pouvoir et s’y adapter». Le manuel propose enfin une échelle d’actions graduée. Dans une démocratie, il convient de «dialoguer» avec les médias, les élu·es et le public et de sensibiliser les jeunes «pour le long terme». En revanche, un glissement vers une autocratie modérée impose «d’aider les autres à gérer le choc et la peur», de «soutenir la recherche menacée», de «protéger les participants à la recherche en situation de danger» et de «préserver les données» de la recherche.

Irène Pereira est sociologue et philosophe, cofondatrice de l’IRESMO, Paris.

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