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Chiapas: l’insécurité alimentaire sur le fil

A votre santé!

L’insécurité alimentaire, ce n’est pas seulement avoir faim: c’est un accès instable ou insuffisant à une nourriture saine, selon quatre dimensions: disponibilité, accès, utilisation et stabilité. Elle touche donc aussi la «malbouffe» liée à l’utilisation d’aliments ultra-transformés (AUT), dont les multinationales de l’agroalimentaire inondent les marchés, malgré leur forte teneur en sucre, en sel et en graisses. Ces produits deviennent un réel problème de santé publique lorsque ils dépassent 15% de l’alimentation quotidienne. Paradoxalement, cette réalité touche aussi les zones rurales du Mexique, comme je l’évoquais en début d’année.

Selon l’ONU, environ une personne sur quatre souffre d’insécurité alimentaire en 2026, alors que son agence pour l’alimentation (FAO) rappelle que la planète produit assez pour nourrir 12 milliards d’êtres humains. Le problème ne relève donc pas essentiellement d’un manque de «productivité», mais bien d’une inégalité d’accès. Ce fléau touche prioritairement les zones rurales, en particulier les petits paysans des pays en développement, ainsi que les femmes et les jeunes enfants.
Au Chiapas, où j’accompagne une fois encore le travail de l’ONG Madre Tierra Mexico (MTM)1>Soutenue par la Fédération genevoise de coopération (FGC) dans deux projets présentés par la Centrale sanitaire de Suisse Romande (CSSR) et Madre Tierra Suisse (MTS). Voir mes chroniques des 7 novembre 2025 et des 31 mars, 6 novembre et 8 décembre 2023., j’ai l’occasion de séjourner dans des communautés indigènes.

Grâce à l’appui de MTM, ces villageois se sont organisés pour transformer leur quotidien: accès à l’eau potable par un puits de nappe phréatique et réseaux d’irrigation depuis une rivière. Ces aménagements permettent de cultiver des potagers individuels et de planter du maïs et des haricots rouges (base de l’alimentation locale) en saison sèche. La construction de toilettes sèches, de fours fermés – limitant l’exposition à la fumée et économisant le bois – et le développement d’activités génératrices de revenus (écotourisme communautaire, boulangeries artisanales) ont nettement amélioré leurs conditions de vie.

Pourtant, ces progrès restent fragiles, En mai dernier, après les premières pluies, les familles ont semé le maïs et les haricots, avec des graines de la récolte précédente. Mais une sécheresse de deux mois a détruit ces cultures de subsistance et les légumes plantés dans les cours des maisons, le débit des rivières étant insuffisant pour une irrigation régulière.

Enfin, «l’hiver» semblait s’installer à fin août, ils ont semé une deuxième fois… Mais, début octobre, des pluies torrentielles ont inondé les parcelles, ruinant encore une fois la récolte. Les habitants comptent maintenant sur le fait qu’ils pourront au moins récolter ce qu’ils planteront en janvier dans les champs irrigués pendant la saison sèche – pour les rares qui en ont! – et tenir jusqu’en mai 2027. Et les autres? Cette incertitude est déjà le début de l’insécurité alimentaire, aggravée par l’inflation du maïs, des haricots et des légumes sur les marchés locaux.

Heureusement, les arbres fruitiers ont mieux résisté. Faudra-t-il vendre une chèvre ou une vache pour acheter de la nourriture ou des médicaments, ou pour payer les fournitures scolaires des enfants? On voit bien que l’insécurité alimentaire va de pair avec l’insécurité socio-sanitaire et peut limiter l’accès à l’éducation des jeunes. Cette précarité globale génère une forte angoisse et tend à pousser les jeunes adultes vers la migration.

Et c’est bien le changement climatique qui en est responsable. Les paysans ont perdu leurs repères ancestraux pour semer. Et ce que les climatologues nous disent depuis des décennies se vérifie hélas, pénalisant d’abord les populations qui sont les moins responsables des émissions mondiales.

Que faire? MTM collabore désormais avec les villageois pour encore optimiser l’usage de l’eau: définir les seuils de prélèvements en hiver pour sauver les récoltes sans tarir l’accès à l’eau pendant la saison sèche, ce qui empêcherait toute nouvelle plantation.

Un défi de plus des populations vivant constamment sur le fil de la pauvreté. Cela tend à montrer que l’accès à l’eau est si essentiel qu’il devrait être protégé et considéré comme un bien commun.

Notes[+]

Bernard Borel est pédiatre FMH, conseiller communal Aigle.

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