Skip to content

Le Courrier L'essentiel, autrement

Je m'abonne

Enfants de Palestine: l’intenable silence

A votre santé!

Les informations alarmantes s’accumulent sur le difficile quotidien des enfants palestiniens, à Gaza comme en Cisjordanie, illustrant l’asphyxie générale de la population. Sur le terrain, les ONG membres de la Fédération vaudoise de coopération (Fedevaco) actives dans la région constatent régulièrement l’aspect dévastateur des incursions israéliennes, des fermetures de routes, des checkpoints et des restrictions de déplacement. Ces contraintes permanentes perturbent gravement la scolarité, limitent la mobilité du personnel et renforcent le stress des familles. Autant d’obstacles qui compliquent les interventions de soutien à la résilience et au potentiel de cette jeunesse, une mission pourtant vitale.

D’autant que l’Autorité palestinienne, en faillite, peine à rémunérer ses fonctionnaires, notamment les enseignant·es – qui n’assurent plus que trois jours d’école par semaine – et les soignant·es. Cette situation tient en grande partie au fait d’Israël retient des droits de douane collectés au nom de la Palestine (en vertu des accords d’Oslo). Cette dette colossale est aujourd’hui évaluée à quelque 5 milliards de dollars.

Un rapport de Physicians for human rights-Israël met en lumière les conséquences de ce blocus économique: «Cette asphyxie financière entraîne des fermetures de cliniques, des grèves du personnel non payé et de graves pénuries de médicaments, laissant des centaines de milliers de patients sans soins.» L’organisation affirme qu’en tant que puissance occupante, Israël viole le droit international et l’appelle, en vain, à payer les sommes dues. A cela s’ajoutent la perte massive d’emplois pour les Palestinien·nes privé·es de permis de travail en Israël et l’extension continue des colonies israéliennes en Cisjordanie, au détriment des champs cultivés par la population locale, au mépris total du droit international.

Plus inquiétant encore, le rapport publié le 23 juin 2026 par la Commission d’enquête internationale de l’ONU accuse Israël de perpétuer un «génocide» en ciblant délibérément les enfants palestiniens dans la bande de Gaza, en détruisant des infrastructures éducatives et s’en prenant à la vitalité démographique du peuple palestinien.

En conférence de presse, le président de cette commission, Srinivasan Muralidhar, a déclaré: «La Commission a trouvé des preuves incontestables concernant le meurtre délibéré d’enfants palestiniens, notamment depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025, le recours à la torture et à des traitements inhumains et dégradants, y compris le recours à des violences sexuelles et sexistes, contre des enfants, ainsi que le ciblage d’infrastructures critiques telles que les orphelinats, les établissements de santé et les établissements éducatifs.» Il a ajouté: «Israël cible les enfants pour affaiblir la vitalité démographique et nier le droit du peuple palestinien à l’autodétermination.» Les chiffres sont implacables: 97% des écoles ont été détruites et 95% des universités ont été touchées.

Parallèlement, les restrictions israéliennes sur l’aide alimentaire nécessaire – dont les enfants sont les premières victimes – et sur le matériel nécessaire à la reconstruction se poursuivent dans une bande de Gaza toujours occupé à 70%, malgré le cessez-le-feu.

Face à ce constat, comment ne pas relayer l’appel de Médecins sans frontières (MSF) – actuellement interdite de travailler à Gaza – qui exige «la libération de tous les soignants incarcérés dans les prisons israéliennes»? Parmi eux figurent le Dr Hussam Abu Safiya, pédiatre et directeur de l’hôpital Kamal Adwan, dans la bande de Gaza. Détenu arbitrairement depuis décembre 2024, il subit des traitements dégradants et des actes de torture sans jamais avoir été jugé jusqu’à ce jour.

Malgré tout, le gouvernement suisse, à l’instar d’une communauté internationale qui se revendique démocratique, reste silencieuse, voire ne trouve rien à redire. A titre personnel, j’enrage de penser que notre conseiller fédéral chargé des affaires extérieures est lui-même médecin, et qu’il a obtenu (presque en même temps que moi) un master en santé publique de l’Université de Genève: qu’a-t-il fait de l’éthique médicale enseignée alors?

Bernard Borel est pédiatre FMH, membre de la commission technique de la Fedevaco, conseiller communal à Aigle.

Chronique liée