Skip to content

Le Courrier L'essentiel, autrement

Je m'abonne

La mortalité périnatale augmente en France: est-ce si grave?

A votre santé!

La mortalité périnatale est définie comme un décès d’un enfant après la 22e semaine de grossesse et jusqu’à 1 semaine après la naissance. Elle a effectivement augmenté de 10,6 à 11,2 pour 1000 naissances de 2021 à 2024 en France, mais cela reste très proche de 1%, donc heureusement encore très bas. Il n’empêche que cela suscite un débat qui devient politique et que le gouvernement doit s’en expliquer. Par comparaison, elle est de environ 7 pour 1000 en Suisse, donc un peu plus basse. Le taux de mortinatalité (enfants nés sans vie du fait d’une mort fœtale spontanée ou d’une interruption médicale de grossesse) est de 9,2 pour 1000 naissances totales en 2024, toujours en France. Donc elle est la principale composante de la mortalité périnatale, concernant 82% des décès périnatals, et principale contributrice de l’augmentation récente de la mortalité périnatale, nous apprend une étude parue tout récemment1>Drees • Etudes et résultats • juillet 2026 • n° 1378 • La part d’enfants nés sans vie ou décédés au cours des sept premiers jours de vie s’élève à 11 pour 1 000 naissances en 2024.

Il est aussi dit que «au total, 84% des morts périnatales sont issues d’accouchements prématurés (avant 37 SA), et la moitié parmi les extrêmes prématurés (avant 28 SA). Dit autrement, la prématurité entraîne un risque de mort périnatale 63 fois plus important (125,7‰) que parmi les naissances à terme (2,0‰). Plus le terme de la grossesse est précoce, plus la mortalité périnatale est élevée: ainsi la survie d’un fœtus de 22 semaines et quasi nulle, malgré les progrès de la prise en charge néonatale qui a fait reculer la limite de viabilité d’une semaine chaque dix ans depuis quarante ans dans nos pays.

A ce stade il faut s’arrêter et essayer de se représenter ce qu’est un fœtus de 22 semaines; c’est un peu plus que le milieu de grossesse, le fœtus pèse environ 500g, mesure 28 centimètres et les différentes partis du corps tendent à s’harmoniser, mais son système immunitaire est encore très défaillant et sa peau un vrai parchemin. Habituellement, une échographie est faite à ce stade qui permet en principe d’exclure de grosses malformations incompatibles avec la vie, examen qui est de plus en plus précis et permet de faire des diagnostics encore impossibles à détecter il y a quelques années. En France, comme en Suisse d’ailleurs, une interruption de grossesse tardive peut alors être indiquée et demandée: l’étude citée rapporte que 39% des enfants mort-nés sont issus d’une interruption médicale de grossesse en 2024 soit 3,6 pour 1000 naissances. On devrait d’ailleurs se poser la question de les exclure dans les statistiques de mortalité périnatale dont le suivi n’a de sens que pour l’optimisation des soins et le suivi de grossesse.

Ceci dit, l’étude rappelle que la mortalité périnatale est plus grande si la mère est âgée de plus 40 ans (près de 2 fois plus élevée), mais aussi si la grossesse est multiple (3.8 fois plus élevée dans ce cas): or l’âge moyen d’une première grossesse ne cesse d’augmenter et dépasse les 31 ans, et les grossesses multiples augmentent surtout chez les plus de 40 ans en lien avec la procréation médicalement assistée (PMA). En plus de l’âge, la santé préalable à la grossesse joue un rôle important: le risque de diabète et de surpoids et donc d’hypertension a une influence majeure.

Bien sûr qu’une grossesse adolescente est aussi un risque important (18,8 pour mille) et il y a 2,5 points d’écart entre «les communes riches et pauvres» démontrant l’importance des déterminants socio-économiques: d’ailleurs les Territoires d’Outre-Mer (où les taux sont globalement autour de 16-17 pour mille pérorent les statistiques de la France métropolitaine!)

De tous ces chiffres, il me semble que l’on peut tirer quelques réflexions. D’abord, il est important de rappeler que la biologie humaine est plutôt faite pour porter des enfants entre 20 et 35 ans et que cela nécessite une vraie réflexion sociétale. Ensuite, les mesures de prévention primaire (sur l’alimentation, le mouvement, le tabagisme et l’alcool en particulier) et secondaires (détection des grossesses à risque en assurant alors un suivi plus étroit) ont un impact plus important que les soins néonataux pour la survie en bonne condition des bébés (malgré les progrès magnifiques qui font des miracles individuels!).

Et il est bon d’avoir en tête ce que l’UNICEF nous rappelle: «Une mortinaissance a lieu toutes les 16 secondes. Cela signifie qu’environ deux millions d’enfants naissent mort-nés chaque année. La majorité de ces décès auraient pu être évités grâce à des soins de qualité prodigués pendant la grossesse et au moment de la naissance, ce qui ajoute à la tragédie. Les mortinaissances atteignent un taux alarmant dans de nombreux pays. Bien que des progrès remarquables aient été accomplis à l’échelle du globe, de vastes écarts persistent. La majorité des mortinaissances, environ 8 sur 10, ont lieu en Afrique subsaharienne ou en Asie du Sud.»2>https://www.unicef.org/fr/recits/ce-quil-faut-savoir-sur-les-mortinaissances

Sans compter que la limite de viabilité et donc d’enregistrement des naissances n’est pas la même partout et que donc la mortalité périnatale (telle que définie par l’OMS) est certainement sous-évaluée dans beaucoup de pays!

Notes[+]

Bernard Borel est pédiatre FMH.

Chronique liée