Nous, cinéastes et professionnel·les du cinéma suisse, souhaitons exprimer notre vive inquiétude face à la réduction de 100’000 francs de la subvention municipale des Cinémas du Grütli envisagée par la Ville de Genève.
Pour celles et ceux qui font des films, les Cinémas du Grütli représentent bien davantage qu’un lieu de projection. Ils sont un partenaire précieux de notre travail, un espace où nos œuvres peuvent être découvertes, discutées, confrontées au regard du public. Un lieu où les films bénéficient d’une attention et d’un accompagnement que très peu de salles sont aujourd’hui en mesure de leur offrir.
Dans un pays où les possibilités de diffusion du cinéma indépendant demeurent limitées, l’existence de salles qui s’engagent véritablement auprès des œuvres est essentielle. Les Cinémas du Grütli jouent à cet égard un rôle irremplaçable, en particulier pour les films suisses, auxquels ils offrent une vraie place, une visibilité et des occasions uniques de rencontres avec les spectatrices et spectateurs.
Mais leur importance ne se mesure pas seulement à la diffusion de nos propres films. Elle tient tout autant à la richesse de la culture cinématographique qu’ils contribuent à faire vivre. A travers leurs rétrospectives, leurs découvertes, leur attention aux cinématographies du monde entier et aux différentes formes de création, les Cinémas du Grütli permettent de rencontrer des œuvres, des cinéastes et des univers qui seraient autrement difficilement accessibles. Cette ouverture est fondamentale pour celles et ceux qui créent. Notre travail se nourrit des films des autres, de la connaissance de l’histoire du cinéma, de la confrontation avec des formes et des sensibilités différentes. Une cinématographie vivante a besoin de lieux où cette curiosité peut s’exercer librement, où les générations se rencontrent, où se construisent les regards et où peuvent naître de nouvelles vocations.
Les Cinémas du Grütli sont l’un de ces lieux. Ils participent non seulement à la diffusion du cinéma suisse, mais aussi à la formation de sa culture, de son imaginaire et, en définitive, de sa créativité. C’est pourquoi nous accueillons avec une profonde inquiétude la perspective d’une réduction aussi importante de leurs moyens. Nous savons combien il est difficile de construire dans la durée une relation de confiance avec les cinéastes et les publics, et combien cette relation peut être mise en péril lorsque les conditions permettant de mener un travail de programmation ambitieux sont fragilisées.
Nous sommes également très préoccupés par les récentes déclarations du département de la Culture et de la transition numérique, qui semblent remettre en question la poursuite de la convention liant la Ville aux Cinémas du Grütli. Une telle perspective ferait peser une incertitude supplémentaire sur l’avenir d’un lieu dont l’importance pour le cinéma suisse est incontestable. Nous demandons à la Ville de Genève de s’engager dès à présent en faveur du renouvellement de cette convention, afin de garantir aux Cinémas du Grütli la stabilité nécessaire à la poursuite de leur mission.
A l’heure où la place du cinéma dans la vie culturelle est soumise à de nombreuses transformations, nous estimons indispensable de préserver les institutions qui entretiennent un rapport vivant aux œuvres, à leur histoire et à leur avenir. Nous invitons le Conseil municipal de la Ville de Genève à voter contre cette coupe injuste de 100’000 francs et à reconnaître à sa juste mesure le travail accompli par l’équipe des Cinémas du Grütli au cours de ces dernières années, dans un contexte, par ailleurs, particulièrement difficile pour les salles de cinéma.
Par cette lettre, nous souhaitons témoigner de notre attachement à une institution dont le rôle dépasse largement les frontières genevoises et dont l’existence compte profondément pour le cinéma suisse, pour celles et ceux qui le font aujourd’hui comme pour celles et ceux qui le feront demain.
Signataires:
Ana Acosta, Stéphanie Argerich, Bertrand Bacqué, Palmyre Badinier, Lionel Baier, Frédéric Baillif, Kaveh Bakhtiari, Nasser Bakhti, Stéphanie Barbey, Jasmin Basic, Jacob Berger, Fulvio Bernasco-ni, Nicole Biermaier, Yael Bitton, Yves Blösche, Celine Bolomey, Nicole Borgeat, Pablo Briones, Jean-Stéphane Bron, Nicolas Burlet, Gabriela Bussmann, Frédéric Choffat, Stéphanie Chuat, Basil Da Cunha, Heinz Dill, Ufuk Emiroglu, David Epiney, Juliana Fanjul, Pablo Francischelli, Christian Frei, Jean-Marc Fröhle, Elisa Garbar, Ian Gassmann, Stéphane Goël, Maryam Goormaghtigh, Romain Graf, Xavier Grin, Jules Guarneri, Pauline Gygax, Christine Hoffet, Zoltan Horvath, Carlos Ibañez Diaz, Thomas Imbach, Antoine Jaccoud, Carmen Jaquier, Joel Jent, Gilles Jobin, Stéphane Kuthy, Juan Lozano, David Maye, Ursula Meier, Frédéric Mermoud, Katia Monla, Felipe Monroy, Eugenia Mumenthaler, Marc Olexa, Luc Peter, Klaudia Reynicke, Jean Reusser, Véronique Reymond, David Rihs, Germinal Roaux, Julien Rouyet, Sophia Rubischung, Xavier Ruiz, Samir, Christophe Schaub, Kaspar Schiltknecht, Mischa Schiwow, Aline Schmid, Daniel Schweizer, Denis Séchaud, Marie-Elsa Sgualdo, Andrea Štaka, Karine Sudan, Patrick Tresch, Thierry Spicher, Aude Vermeil, Petra Volpe, Raymond Vouillamoz, Vuk Vukma-nović, Nicolas Wadimoff, Stina Werenfels, Daniel Wyss, Katharina Wyss, Ruxandra Zenide, Olivier Zu-chuat, Jacqueline Zünd.