Naza, un documentaire britannique sorti en 2026 et réalisé par les journalistes et cinéastes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, déjà auteurs du film primé No Other Land en 2024, est actuellement projeté dans plusieurs cinémas genevois. Ils y décrivent la mécanique israélienne des crimes commis à Gaza par l’élite des militaires israéliens. Il est important d’aller le voir même si on n’en sort pas indemnes.
Durant les 24 confessions que les réalisateurs ont recueillies, même si celles-ci ont été numérisées et traitées par l’IA pour conserver l’anonymat des militaires ayant accepté de témoigner, aucun d’entre eux n’a manifesté l’ombre d’un regret. Tous disent avoir accompli leur «mission» et exécuté les ordres. Hannah Arendt, envoyée spéciale du New Yorker au procès d’Eichmann à Jérusalem en 1961, y décela la banalité du mal qu’incarnait cet homme «ordinaire» qui disait avoir exécuté les ordres, un homme incapable de penser par lui-même. Déjà à l’époque, ses propos valurent à Hannah Arendt l’animosité d’Israël que pourtant elle mettait en garde.
On retrouve en tout cas, chez cette élite militaire israélienne, la banalité du mal de l’exécutant zélé, voire fier de faire partie de l’élite, faisant son devoir d’autant que sa «mission» est facilitée par les nouvelles technologies qui devraient alerter nos concitoyens à l’heure de leur généralisation: contrôle des téléphones, algorithmes et IA pour repérer minutieusement les cibles à abattre – dites du Hamas mais de facto de tout Palestinien, femmes et enfants compris – tout en sachant pertinemment que dans les immeubles et appartements visés et réduits en ruines, vivaient femmes et enfants… considérés comme des dégâts collatéraux, ce que signifie Naza. C’est donc en toute connaissance de cause que cette élite militaire visait leurs cibles minutieusement… à distance.
Outre un génocide, concept générique et juridique, que commettent les Israéliens, il s’agit aussi de féminicide et d’infanticide. Il faudra s’en souvenir quand ces criminels seront jugés s’ils le sont un jour.
Et, ne nous y trompons pas, ces jeunes hommes et la seule femme qui a accepté de témoigner qui exécutaient les ordres comme un acte banal, sont détruits de l’intérieur comme le sont les militaires directement impliqués sur le terrain à Gaza: dans un pays où chaque famille a un enfant appelé à exécuter les ordres de la hiérarchie militaire, aucune n’est épargnée par la banalité du mal des actes commis par leurs enfants dont l’âme est détruite. Celle-ci est brisée d’avoir tué femmes et enfants, et c’est ce poids, à la dimension d’une nation entière, qu’ils auront à porter et dont le pays ne se remettra pas même s’il est actuellement dans le déni de ces traumatismes. Tout comme ne s’en remettront pas les Palestiniens qui auront survécu à ce génocide.
Françoise Bloch,
socio-anthropologue CNRS retraitée,
Petit Saconnex (GE)