J’ai bien apprécié cet article1> https://lecourrier.ch/2026/08/19/cadrage-limite-sur-gaza/ et surtout l’interview de la chercheuse Amal Mekki sur son travail de master consistant à analyser la manière de présenter le drame palestinien à partir d’octobre 2023 dans six médias suisses, trois francophones et trois germanophones.
En effet, cela rejoint l’impression que j’ai sur le traitement courant de cette actualité, à savoir peu ou pas de contexte historique et juridique. On peut remonter à la Nakba, 1948. On peut aussi aller plus loin en arrière: le démantèlement de l’Empire ottoman par les puissances victorieuses de la 1ère première Guerre mondiale, le partage du Proche et Moyen-Orient entre la France et la Grande-Bretagne.
Impossible aussi de faire l’impasse sur la culpabilité européenne à l’égard de la persécution des Juifs, déjà pendant la montée des nationalismes au cours du XIXe siècle, et surtout avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. S’est-on disculpé en permettant la création de l’Etat d’Israël et en le laissant se faire une place toujours plus grande au Proche-Orient, aux dépens des habitants de Palestine? L’idée de pouvoir réaliser leur propre Etat national est aussi apparue chez les Juifs de la diaspora.
Avec le droit international né avec la SDN et qui s’est développé avec l’ONU, les puissances responsables de le faire appliquer auraient dû intervenir depuis longtemps.
Alors comment approcher cette réalité? Il n’y a pas de moyen miraculeux.
Je voudrais pourtant indiquer ici une tentative qui m’a beaucoup ému. Il s’agit du livre de Rachid Benzine, L’homme qui lisait des livres, (Editions Julliard, 2025, Pocket, 2026). Un jeune journaliste photographe en mission à Gaza découvre la vie de tous les jours de ses habitants. Le hasard l’amène devant une vitrine pleine de livres, une porte ouverte sur des milliers d’autres et plusieurs centaines encore posés sur une bâche à même le trottoir. Adossé au mur un vieil homme est plongé dans une lecture. Quand il lève les yeux, il aperçoit le photographe qui voudrait prendre une photo. Il lui dit qu’il faudrait, auparavant, qu’ils fassent connaissance. Et ainsi commence une relation qui va permettre au photographe de connaître le parcours de vie du vieux libraire, né en 1948, d’une mère musulmane et d’un père chrétien près de Haïfa. Sa famille, avec d’autres habitants arabes, a été chassée par les Juifs fondant à ce moment l’Etat d’Israël. Toute une vie de déplacé, plusieurs fois, de camp en camp, jusqu’à Gaza.
Ce n’est pas un livre d’histoire, mais une aventure d’humanité, malgré les difficultés inhérentes de la déportation et des destructions. Les livres apportent un moyen de survivre, grâce à leur force, à leur beauté, sans que la réalité ne soit pour autant ignorée. C’est une forme de refuge face à l’horreur du réel.
C’est un ouvrage très fort, poignant, écrit par un homme de paix et un grand écrivain, comme le dit Le Parisien.
Pierre Roehrich,
Genève
Notes