La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (Cicad) définit l’antisionisme comme une «forme contemporaine d’antisémitisme»: une affirmation sortie du chapeau des lobbys israéliens qui choque les défenseurs des droits des Palestiniens qui sont nombreux à être antisionistes. Car c’est bien au nom du sionisme et ses «50 nuances de droite» que, comme le rappelait le journaliste à Haaretz Gideon Levy lors de sa récente visite à Genève, «la société israélienne consent au génocide»1>Le Courrier (17.09.2026) et qu’«Israël veut maintenir la suprématie juive»2>Le Temps (17.09.2026). La Cicad a-t-elle découvert des nuances de sionisme non-coloniales?
Gideon Levy répond dans son interview à une question de Luis Lema3>Le Temps (17.09.2026) sur l’origine des déchaînements de violence actuels: «…le sionisme, qui nous a amenés à croire que cette terre était vide d’habitants, n’a jamais envisagé de faire quoi que ce soit de concert avec les Palestiniens. Cela a toujours été ‘eux ou nous’. J’ai été élevé dans un foyer sioniste, et ce processus de compréhension a été très long pour moi».
Cette voix, beaucoup ne veulent pas l’entendre, et pour continuer à se taire, à consentir, à oublier et à banaliser, à croire au droit d’Israël à se défendre – et inviter «un chef marketing d’une entreprise de matériel de guerre en main d’une entité chrétienne sioniste»4>Le Courrier (25.09.2026) par Carlo Sommaruga au petit déjeuner des députés au Palais fédéral pour qu’il présente les armes servant au génocide des Palestiniens –, il ne reste plus que la calomnie. Il faut salir ceux qui dénoncent l’idéologie coloniale au nom de laquelle Israël commet ce génocide et perpétue l’apartheid. Calomnies dont ont été d’ailleurs victimes Tobia Schnebli, Anne-Cécile Reimann, Joseph Daher, ainsi que Sylvain Thévoz.
Le procédé est bien sûr général et international. Le Procureur général du Tribunal pénal international (TPI) est contesté pour ses condamnations de dirigeants israéliens par une procédure disciplinaire, le secrétaire d’Etat Marco Rubio redouble d’attaques contre la CPI. Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU sur les droits humains dans les Territoires palestiniens occupés, autrice aussi de Palestinian refugees in international law (2010), de J’accuse (2023) et de Quand le monde dort (2024), est inscrite par le Département du trésor des Etats-Unis sur la liste des «ressortissants spécialement désignés» (interdisant à toute personne ou entreprise américaine d’avoir un lien économique avec elle). Elle est censurée lors de ses conférences en Allemagne. Elle décrit la férocité de la répression des manifestations pro-palestiniennes aux Etats-Unis. Gideon Levy trouve avec humour un avantage à son exclusion actuelle des plateaux de télévision israéliens qui lui évite nombre d’agressions dans la rue.
La Cicad n’est donc pas seule dans ses tentatives d’intimidation et peut encore traîner les pieds pour comprendre et reconnaître la nature essentiellement coloniale et raciste du sionisme.
Heureusement, cette compréhension avance chaque jour.
Blaise Crouzier,
Genève
Notes