Dimanche dernier à Genève, les locataires ont remporté une large victoire et refusé le démantèlement de la loi sur les démolitions, travaux et rénovations des maisons d’habitation (LDTR). Les milieux immobiliers s’étaient pourtant lancés dans une campagne d’ampleur. Le secrétaire général de la Chambre genevoise immobilière mentionne des frais de campagne de plus de 130 000 francs, en précisant «mais ce sera un peu plus» 1> 1 www.blick.ch/fr/suisse/romande/votation-les-locataires-genevois-enterrent-la-reforme-de-la-ldtr/f54z87y . Ce «un peu plus» restera un mystère pour la population, mais il est certain qu’elles et ils ont mis le paquet.
Le pourcentage de «non» était plus élevé cette fois-ci que lors de la dernière tentative de restaurer les congés-vente en 2016: il est passé de 51,82% à 63,5% ce dimanche. Le refus fut net dans presque tout le canton, y compris dans des communes traditionnellement à droite. Le «non» l’a emporté même à Malagnou et à Veyrier. Seules cinq communes ont accepté la loi 13025 de Cyril Aellen.
La droite était divisée. L’UDC et LJS soutenaient le «non» pour les mêmes motifs que l’Asloca. Cette division se poursuivra avec l’initiative de LJS sur l’attribution des PPE dont les prix sont contrôlés en zone de développement. LJS poursuit ainsi le combat mené par François Longchamp [ancien conseiller d’Etat PRD alors chargé de l’Urbanisme] à la suite du scandale de la Tulette à Cologny, où des promoteurs et leurs copains avaient accaparé des dizaines d’appartements. La pratique spéculative consistait alors de louer l’appartement pendant la période de contrôle des prix et des loyers, puis de le revendre très cher après avoir expulsé les locataires en place. François Longchamp s’était heurté à sa propre majorité parlementaire. Sa loi avait passé la rampe grâce au comité «Stop aux magouilles immobilières, oui à la loi Longchamp!» composé de militant·es de l’Asloca, dont le député Alberto Velasco, qui avait repris ce texte sous forme d’initiative populaire. Le Grand Conseil n’avait alors pas pu refuser de l’adopter (2016). Ce comité soutient aujourd’hui l’initiative de LJS «Stop au copinage pour l’accès à un logement» 2> 2 ljs-ge.ch/in_stop_au_copinage_pour_acces_logement/ . A Genève, le logement est parfois un enjeu politique interclassiste. En atteste le fait que l’initiative de LJS reprend une loi du soussigné, qui lui-même avait poursuivi la logique de la loi Longchamp.
La victoire de dimanche est un moment important qui permet de mieux nous préparer à défendre et à améliorer les lois de protection des locataires et du parc immobilier locatif. Cela ne peut se faire qu’avec les droits populaires (référendum et initiative).
A Berne, le Conseil fédéral propose un contre-projet à l’Initiative sur les loyers de l’Asloca Suisse. Guy Parmelin défend un changement de système qui nous ramènerait à la période d’avant 1972.
A Genève, nous espérons voter sur l’initiative de l’Asloca Genève «Stop à la spéculation sur nos logements» 3> 3 geneve.asloca.ch/actualités/signez-initiative-stop-a-
speculation-nos-logements . Elle est combattue devant la Cour de justice par Diane Barbier-Mueller et les associations de défense des propriétaires qui, là aussi, mettent le paquet en s’offrant les services de l’avocat et professeur d’université renommé Stéphane Grodecki. Cette initiative veut protéger le parc immobilier locatif à loyer abordable contre les ventes spéculatives à des prix excessifs.
Le bilan de la votation de dimanche dernier reste à faire, mais deux constats sautent aux yeux: les milieux immobiliers mettent beaucoup d’argent pour tromper l’opinion. Vu les gains escomptés, ces sommes seraient amorties rapidement. Durant les dernières semaines sur les congés-vente, tout comme à l’automne 2024 sur les congés abusifs (suppression de la protection contre les congés de représailles et du droit de sous-louer), les milieux immobiliers font des campagnes orwelliennes.
Il est impossible pour l’Asloca de déployer de vastes campagnes d’affichage, de tout-ménages et d’encarts publicitaires. Bien que l’Asloca Genève ait mené la campagne la plus chère de son histoire, son budget représente au mieux la moitié de celui des milieux immobiliers. Constituer des réseaux de locataires capables de mobiliser leurs proches et leurs voisins est la force des locataires. Avec une quarantaine d’associations adhérentes, l’Asloca Genève peut contribuer à renforcer le tissu militant dans les immeubles et les quartiers. C’est l’une de ses priorités depuis plusieurs années. La votation de dimanche dernier doit nous encourager à persévérer et amener des locataires à s’y engager.
Notes