La conseillère nationale Céline Amaudruz est une des voix de l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions», qu’elle défend en partant des conséquences dramatiques de la crise du logement: «Pour de nombreux habitants, la recherche d’un appartement s’étire sur des mois, parfois des années. Les visites se font à 50 personnes, les loyers explosent et les familles doivent souvent renoncer à vivre près d’un lieu de travail.»
Ces constats, l’Asloca les fait depuis des années. La réponse de l’UDC est en revanche une escroquerie. Avec son initiative, le parti poursuit d’autres objectifs que celui de favoriser le logement. En ciblant les migrant·es, et non la violence et l’arbitraire de certains bailleurs, l’UDC cherche à diviser pour mieux régner. L’attention et, surtout, la colère des locataires sont canalisées vers la figure du migrant·es plutôt que vers UBS, SwissLife, Zurich Assurance, qui imposent ces «loyers qui explosent».
Cette initiative est une étape importante dans l’approfondissement des politiques réactionnaires et de démantèlement des droits que poursuit l’UDC, telles que la suppression de la protection contre les loyers et les congés abusifs, et la mise en place d’un cadre le plus favorable possible aux actionnaires pour accaparer la rente foncière.
Pour gagner cette campagne, dénoncer la duplicité de l’UDC ne suffit pas. Il faut combattre le chaos qui règne dans le domaine du logement. Le marché locatif est une jungle où la raison, la dignité sont bafouées par des propriétaires, des agences immobilières et leurs supplétifs, qui imposent le règne de l’arbitraire et de la brutalité. Il y a quelque chose d’orwellien dans les attaques actuelles contre la protection des locataires: mettre à la porte des locataires pour relouer plus cher à un tiers est une arme donnée aux bailleurs par le Tribunal fédéral, au motif de favoriser l’investissement et lutter contre la pénurie de logement.
Guy Parmelin veut de son côté assurer la sécurité du logement en prolongeant pour des décennies les pires décisions des juges fédéraux en matière de rendement immobiliers. Toujours pour ce motif – et prétendument pour garantir les rentes du deuxième pilier –, on fige des loyers abusifs à des niveaux sans commune mesure avec les coûts de construction et les risques encourus par le propriétaire pour son capital placé dans le logement. Depuis des années, le climat est aussi invoqué pour justifier des travaux de rénovation tout à fait inutiles dans des appartements qui n’en ont pas besoin. Cerise sur le gâteau: des locataires installé·es depuis des décennies sont chassé·es de chez eux prétendument pour leur propre confort.
A quelques jours de la votation sur l’initiative de l’UDC, c’est ce chaos qu’il s’agit de dénoncer, en avançant nos solutions. Pour répondre aux désastres sociaux et écologiques, il s’agit de revendiquer une maîtrise collective et démocratique sur le sol et le développement du territoire. Ces principes sont partiellement concrétisés à Genève et dans le canton de Vaud par le droit cantonal (LDTR, loi sur les zones de développement, LPPPL). Défendre et renforcer ces lois est une réponse cohérente au défi lancé par l’UDC avec ses initiatives xénophobes. Ce n’est possible qu’en s’appuyant sur des solidarités.
En 2019 à Genève, il a été mis fin au démantèlement des retraites du secteur public (santé, éducation, social…). Les propriétaires privés qui voulaient faire main basse sur le futur quartier Praille-Acacias-Vernets ont été repoussés. Ceci s’est fait lors d’une votation populaire gagnée grâce à une alliance entre les futur·es retraité·es et les locataires.
Il en va de même avec le boulevard Carl-Vogt. L’esquisse d’une solution en cours de discussion n’aurait pas pu avoir lieu sans la solidarité entre les locataires genevois·es et bâlois·es, ainsi qu’une vision commune entre ces locataires et des futur·es retraité·es du secteur public de Bâle-Ville.
Ces personnes mobilisées ont acquis la conscience d’un intérêt commun à défendre leur dignité de locataires, de salarié·es et d’habitant·es. Les luttes et les solidarités sont des antidotes puissants au venin de la xénophobie, qui constitue le fondement même de l’initiative de l’UDC.