Le 27 septembre, la population se prononcera sur l’avenir de l’agriculture helvétique. L’initiative «pour une alimentation sûre» veut réorienter la production vers davantage de végétal. Son objectif: faire passer l’autosuffisance alimentaire de 50% actuellement à 70%, en dix ans, tout en protégeant l’eau potable, les sols et la biodiversité.
Alors que le projet suscitait l’enthousiasme à son lancement en 2023, le soufflé est retombé depuis. Sous la coupole, les écologistes l’ont lâché, leurs allié·es socialistes appellent aujourd’hui à rejeter l’initiative. La gauche craint qu’une hausse de l’autosuffisance dans ce délai mène vers une agriculture plus intensive et accroisse la pollution. Elle redoute aussi qu’un tel passage en force restreigne le choix alimentaire. Les opposant·es ont poussé la caricature jusqu’à faire de leurs affiches un plaidoyer pour la survie du cervelas et de la fondue.
Face au réchauffement climatique, réduire les émissions de gaz à effet de serre est une nécessité absolue. Or l’agriculture en est responsable pour 16% et près de deux tiers de cette part sont générés par l’élevage. Il s’agit donc d’un levier à activer d’urgence. Dans ce contexte, la frilosité du camp progressiste choque. Un «oui» enverrait le signal pour une transformation de notre agriculture dès maintenant.
Certes, le texte est mal ficelé. L’instigatrice du projet, Franziska Herren, qui avait déjà lancé l’initiative sur l’eau potable balayée en 2021, n’a pas consulté le monde agricole. Et celui-ci ne peut porter seul le poids d’un virage vers le végétal. Pourtant, après cet été cataclysmique, nous n’avons plus le temps d’attendre. Les paysan·nes sont parmi les premières victimes de la sécheresse. La production de lait a baissé de 10 à 15% et des milliers de vaches ont dû être abattues précipitamment. Le fourrage manque tellement en Europe que la Suisse s’est résolue à en importer du Canada.
De pareilles canicules vont se répéter, et notre pays n’y est pas du tout préparé. La politique actuelle de paiements directs et de protection aux frontières, bien plus favorable à la production animale, doit être réorientée. Cette transition radicale exige d’importants investissements pour soutenir les paysan·nes et transformer notre chaîne de production afin de renforcer notre sécurité alimentaire.
Il ne s’agit pas d’une utopie. Les conclusions d’une étude d’Agroscope affirment que la Suisse a les moyens d’être totalement autosuffisante sur le plan alimentaire, à condition d’utiliser les terres arables pour nourrir les humains, et non les animaux. Exigeons par les urnes d’en faire une priorité!