Avec la droite et les milieux immobiliers, c’est Noël avant l’heure. Sous le sapin, un paquet bien emballé: une loi qui offre la liberté d’acheter son logement. Déchirez le papier, et vous y découvrirez la liberté, pour le propriétaire, de vider son immeuble appartement par appartement pour de juteuses affaires.
Le slogan de campagne de la droite est pourtant imparable. Cette loi «n’oblige personne». Elle n’oblige pas non plus le propriétaire à vous garder si ce dernier veut vendre. Car le droit du bail fédéral, lui, l’autorise à résilier le contrat pour vendre son bien. Il lui défend seulement de vous menacer si vous refusez d’acheter ou si vous n’en avez pas les moyens, comme bon nombre de locataires à Genève. Mais rien ne l’empêche de vous congédier pour vendre à un tiers, en vous offrant au passage une priorité de façade pour l’acquisition.
Ce qui protège aujourd’hui les locataires n’est évidemment pas la bienveillance légendaire des propriétaires et des régies. C’est bel et bien la LDTR. Qui n’est pas une tracasserie de bureaucrate comme aiment à le faire accroire les milieux immobiliers, mais bien une digue solide de défense des locataires comme la définit l’Asloca.
Reste la question sur laquelle le comité du oui passe comme chat sur braise: pourquoi un propriétaire braderait-il ce qui rapporte? Trois hypothèses, dont aucune n’est particulièrement au bénéfice des locataires. Primo, refiler au prix du neuf des logements fatigués dont l’acheteur paiera l’intégralité des travaux de rénovation. Segundo, s’offrir un motif de congé flambant neuf. Et, surtout, découper en belles tranches lucratives ce que l’on a acheté en bloc. De la philanthropie immobilière, incontestablement…
Quid aussi du prix plafonné, avancé par la droite, qui rendrait accessible un bien pour la classe moyenne? Après cela, le nouveau propriétaire devra attendre cinq ans avant de pouvoir revendre. Cinq ans, en immobilier, c’est une petite pause-café. Après ce délai le propriétaire aura tout loisir de vendre son bien sur le marché libre, sans contrôle, et avec une plus-value assurément indécente. Sacrifice public, bénéfice privé. Un montage bien rodé.
On peut vouloir, comme la droite, davantage de propriétaires à Genève. Encore faudrait-il créer de quoi les loger à des prix convenables. Cette loi soumise à votation ne construit pas un seul logement. Elle se contente, sous couvert d’offrir la possibilité de devenir propriétaire, de redistribuer le parc locatif existant, au bénéfice de quelques spéculateur·ices et aux dépens de tous·tes les autres qui cherchent désespérément à mettre un toit sur leur tête.