L’initiative sur la neutralité, portée par Pro Suisse et l’UDC, dévoile aussi des lignes de fracture à gauche, qui ne sont pas toujours confortables. Des voix minoritaires s’élèvent en sa faveur, donnant lieu à des débats parfois tendus.
La votation du 27 septembre intervient dans un contexte particulier, où la Suisse a perdu de sa crédibilité. Des sanctions ont été prises contre la Russie à la suite de l’invasion de l’Ukraine mais le Conseil fédéral se mure dans une inaction honteuse face au génocide et aux crimes de guerre perpétrés par Israël en Palestine. La Confédération ne brille plus non plus dans son rôle de médiatrice. En outre, les exercices de l’armée en collaboration avec l’OTAN s’intensifient et le Conseil fédéral a inscrit noir sur blanc sa volonté de se rapprocher encore de cette alliance militaire.
Cet alignement, largement critiquable, a poussé le Parti suisse du travail à soutenir l’initiative sur la neutralité. Celle-ci serait en effet un signal fort contre le rapprochement avec l’OTAN: elle exige que la Suisse n’adhère à aucune alliance militaire et limite la coopération, qui ne pourrait avoir lieu qu’en cas d’attaque imminente. En soit, une adhésion de la Suisse à l’Alliance, qui devrait être acceptée en votation populaire, est peu probable mais un alignement renforcé ne rencontre quant à lui aucun obstacle majeur. Un scénario redouté à gauche.
L’initiative interdit à la Suisse de prononcer des sanctions contre des Etats belligérants, hormis celles des Nations unies, qui sont régulièrement réduites à néant par le veto des grandes puissances. En cela, elle n’est pas défendable. Voter oui, c’est aller à l’encontre du combat de la société civile pour des sanctions contre Israël. Or, celles-ci représentent un outil indispensable contre l’impunité. Faire des affaires avec des Etats auteurs de crimes aussi graves, c’est s’en rendre complice. L’UDC soutient d’ailleurs le texte parce qu’elle ne voulait pas de sanction contre la Russie. Son attitude est hypocrite, alors qu’elle soutient l’assouplissement de la loi sur le matériel de guerre, sur laquelle nous voterons en novembre.
Certes, avec un large non à l’initiative, Ignazio Cassis pourrait se trouver conforté dans sa politique étrangère opportuniste. Mais un oui aurait des conséquences bien plus désastreuses: il ne ferait que renforcer une neutralité guidée par le profit mais faisant fi du droit international et visant à faire de la Suisse un réduit armé. La lutte contre les oppressions ne peut passer que par un engagement plus fort en faveur des droits humains et non par une définition stricte de la neutralité.