Lundi, le Conseil d’Etat vaudois a présenté un projet de budget 2027 déficitaire. Le trou estimé, 356 millions de francs, intègre 440 millions de revenus puisés dans la fortune étatique et 65 millions d’économies, aux dépens des subsidié·es à l’assurance-maladie et des communes. Sans ces mesures, le déficit structurel atteindrait près de 800 millions. C’est dans ce contexte que les Vaudoises et Vaudois voteront le 27 septembre sur l’initiative de la droite patronale et immobilière «Baisse d’impôts pour tous», qui retrancherait 272 millions par an des recettes à l’Etat.
Soutenue par la droite, mais rejetée par un Grand Conseil et un Conseil d’Etat où elle y est majoritaire, cette offensive tombe au pire moment. Lancée en 2022 après des années d’excédents, elle intervient après trois ans de déficits et un budget 2026 marqué par 243 millions de coupes impopulaires. Entre-temps aussi, le Grand Conseil a décidé une baisse de 7% de l’impôt sur le revenu dès 2027. L’initiative ajouterait cinq points et réduirait surtout de 12% l’impôt sur la fortune.
Mais une réduction proportionnelle n’est pas un coup de pouce uniforme: plus l’impôt payé est élevé, plus le gain l’est. «Pour tous»? Celles et ceux qui y verront un bénéfice notable seront d’abord les ménages aisés et la minorité de contribuables payant l’impôt sur la fortune. Qu’importe, rétorquent les initiant·es: toute baisse est bonne à prendre, même si la moitié la plus pauvre de la population ne touchera qu’un cinquième du pactole. Elle sera pourtant la première à en payer disproportionnellement la facture. Le Conseil d’Etat prévient qu’un oui imposerait de nouvelles économies pouvant toucher santé, formation, action sociale, sécurité ou investissements, voire des hausses de tarifs dans l’accueil de jour ou les transports publics.
Le calendrier rend enfin le choix plus lourd. La baisse entrerait en vigueur en janvier, alors qu’un nouveau Grand Conseil et un nouveau Conseil d’Etat ne seront élus qu’en mars. La prochaine législature hériterait d’une marge de manœuvre encore plus contrainte que la précédente, à l’heure où des choix cruciaux se profilent pour notre avenir.
Ce scrutin ne portera donc pas seulement sur une baisse fiscale inégalement répartie. Jusqu’où réduire les recettes lorsque les finances se tendent, et quelle capacité collective préserver pour financer prestations, infrastructures, investissements et les conditions de travail des personnels publics et parapublics déjà mis à mal? Souhaitons-nous lier encore plus les mains de nos futurs représentants et représentantes, avant même de les avoir choisis ? C’est cette hiérarchie des priorités, bien plus que le slogan des «12%», que le scrutin tranchera.