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Un manque grave dans la formation

L'actualité au prisme de la philosophie

Le système d’enseignement et de formation est enjoint de favoriser l’employabilité. Pourtant, on constate un manque grave dans les cursus concernant les droits humains économiques et sociaux.

L’employabilité comme orientation forcée. En France – mais c’est aussi le cas à l’étranger – l’Education nationale et l’Enseignement supérieur ont pour mission légale de favoriser l’insertion professionnelle des étudiants et étudiantes. Le code de l’éducation dispose en effet que: «Les missions du service public de l’enseignement supérieur sont: 1. La formation initiale et continue tout au long de la vie; […] 3.L’orientation, la promotion sociale et l’insertion professionnelle» (art. L.123-3).
Cela s’est traduit par plusieurs dispositifs concrets: l’instauration d’un stage d’observation d’une semaine dès la fin du collège, un développement élargi de l’apprentissage et de l’alternance ou encore l’encouragement aux universités d’inclure des stages professionnels dans leurs maquettes pédagogiques et à de se soucier de l’insertion professionnelle de leurs étudiant·es.

Jeunesse sacrifiée au travail. Les jeunes sont fréquemment confronté·es au monde du travail, souvent même en marge du système d’enseignement. Selon une étude, un lycéen sur quatre en France a un job. Pour les filles, il s’agit souvent de baby-sitting, un secteur propice au non-respect de la rémunération minimum ou, parfois, aux agressions sexuelles. Selon l’INSEE, près de 30% des étudiant·es travaillent en parallèle de leurs études. Dans ce cadre, ils et elles peuvent être confronté·es par exemple à des discriminations en raison de leur sexe, de leur identité de genre ou encore de leur origine migratoire.

Au premier semestre 2026, plusieurs cas de jeunes morts au travail ont été médiatisés: un élève de 3e [la fin du secondaire I en Suisse] tué par un chariot élévateur lors de son stage d’observation, des apprentis écrasés par des engins de chantier, ou encore un couvreur de 19 ans victime d’une hyperthermie fatale sur un toit en pleine canicule. Ces drames surviennent dans un contexte où la France détient le record du pays d’Europe comptabilisant le plus d’accidents mortels au travail. Les jeunes, surtout lors de la première année d’activité, sont plus exposé·es que les autres travailleur·euses, et les recherches confirment la pénibilité particulière des conditions de travail en alternance [équivalent du système dual].

Droits économiques et sociaux ignorés. Or on constate un angle mort très étonnant: l’absence de formation concernant les droits économiques et sociaux. Pourtant, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (1966) énonce: «1. Les Etats parties au présent Pacte reconnaissent le droit de toute personne à l’éducation. Ils conviennent que l’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et du sens de sa dignité et renforcer le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales.» (art. 13) Le Pacte consacre donc l’obligation d’enseigner les droits humains. Parmi ceux-ci figurent les droits économiques et sociaux, dont font partie la sécurité au travail, une juste rémunération, le droit au repos, la non-discrimination, le droit à l’assurance sociale, à la négociation collective, la liberté syndicale, ou encore le droit de grève. Force est de constater que les étudiant·es ne sont pas formé·es systématiquement à ces principes.

Les parents pauvres de l’éducation. En France, la culture générale associe spontanément les droits humains à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui consacre les droits et les libertés civiles. La Déclaration universelle de 1948 reprend largement ces droits, mais y ajoute des droits économiques et sociaux, repris et complétés par d’autres conventions internationales, comme celles de l’Organisation internationale du travail.
Pourtant, les programmes et les ressources pédagogiques consacrés au droits humains ignorent presque totalement ces thématiques. A titre d’exemple, la plupart des étudiant·es ignorent que les droits économiques et sociaux sont des droits humains à part entière, et la plupart n’ont sans doute pas conscience que les syndicats sont des acteurs clés de leur défense.

On peut s’étonner fortement que l’on puisse demander au système éducatif de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes, de les envoyer dans le monde du travail par le biais de stages ou d’alternances, tout en omettant de les former systématiquement sur leurs droits, pourtant réaffirmés dans de multiples conventions internationales et européennes.

* Sociologue et philosophe, cofondatrice de l’IRESMO, Paris.

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