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Pour une opposition matérialiste aux OGM (2/2)

Carnets paysans

Comme l’évoquaient les Carnets paysans1> lecourrier.ch/2026/08/06/pour-une-opposition-materialiste-aux-ogm-1-2 du 7 août dernier, la dérégulation européenne à venir des OGM issus des nouvelles techniques génomiques (NTG) impose de relancer le combat. Il convient de dresser le bilan de ces trente dernières années de lutte, en discutant les raisons de s’opposer à cette sélection végétale.

Parmi les arguments mis en avant depuis les années 1990, certains se fondent sur l’idée que ces techniques transgresseraient la «Nature»; ils ont hélas bénéficié d’une visibilité significative. Or aucun argument fondé sur la «Nature» ou sur le caractère traditionnel des plantes et de leur sélection n’est recevable. L’existence même, sur nos étals, de tomates, de produits issus du blé tendre ou du petit épeautre n’a aucun lien avec une supposée Nature mythologique. Ces aliments, et les plantes dont ils proviennent, résultent de processus de sélection et de culture intimement liés à des moyens matériels, à des contextes pédoclimatiques et à des rapports sociaux. Combattre les OGM, anciens ou nouveaux, au nom d’un ordre naturel du monde n’a de sens que dans une posture morale réactionnaire. C’est hélas autour de cette posture morale que des ponts se sont créés entre certaines franges anti-OGM et des courants hostiles à l’avortement ou aux droits des personnes LGBTQIA+.

Un mouvement à construire contre les NTG doit rejeter ces postures morales autant que les OGM, dans une perspective matérialiste. Celle-ci consiste à replacer au centre du débat les processus de production des semences et de sélection des variétés: à qui sert cette sélection? Qui maîtrise la sélection et la diffusion des semences? Comment est répartie la valeur ajoutée dans ce processus de production?

Les réponses à ces questions dessinent des antagonismes profonds entre les systèmes semenciers existants. Le modèle dans lequel se développent les OGM vise à créer des variétés très performantes dans des itinéraires agricoles entièrement dépendants des énergies fossiles et, dans certains cas, d’un usage intensif de l’eau. Ces pratiques culturales épuisent les ressources, exploitent les travailleurs et les travailleuses, et ont un avenir chaotique. Aucune variété OGM n’a jamais apporté de réponse à la sécheresse ni d’adaptation au changement climatique. La sélection de ces variétés est élaborée loin des usager·ères et s’avère extrêmement coûteuse, notamment en raison de la production massive de données. Enfin, comme souligné précédemment, ce modèle privatif s’approprie les ressources par le biais de brevets, dégageant une plus-value au profit exclusif de quelques multinationales de l’agrochimie.

A l’inverse, il existe des expériences très riches de sélection paysanne collective. Elles se déploient dans différentes productions et régions du monde, de manière locale ou à grande échelle, grâce à des partenariats scientifiques. Elles offrent des solutions concrètes: régularité de la production face au changement climatique, maintien de la variabilité intra et intervariétale, et autonomie des paysan·nes. Au sein de ces réseaux, on produit, cultive et partage des semences reproductibles, gérées selon les règles des communautés qui les font vivre2> Selon la définition des semences paysannes du Réseau semences paysannes en France., et issues de populations dynamiques et évolutives. Ce modèle repose sur des techniques peu coûteuses, adaptées aux réalités des fermes et accessibles aux usager·ères.

Ces systèmes semenciers paysans peuvent se développer et participer à des filières agricoles qui rémunèrent équitablement l’ensemble des personnes y contribuant, tout en fournissant une alimentation saine et abordable aux populations. Il ne s’agit pas là d’un supposé retour à la nature ou aux traditions, mais au contraire d’une perspective émancipatrice, sans OGM ni brevets.

Notes[+]

Alexandre Hyacinthe est ancien salarié agricole et ancien animateur de groupes de travail dans le réseau de l’Agriculture paysanne.

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