Les chaleurs extrêmes que les pays européens ont dû affronter au cours de ces dernières semaines nous rapprochent des réalités que les pays africains, entre autres, affrontent depuis longtemps. Avec, à la clé, des stratégies de survie qui, peu à peu se rapprochent: rechercher systématiquement des coins d’ombre; s’octroyer une petite sieste aux heures les plus chaudes pour préférer les sorties tôt le matin ou en fin de journée; mettre la clim à fond en voiture; privilégier les lieux publics climatisés, sans oublier de faire un crocher par un centre commercial bien frais, histoire de se rafraîchir un peu, avant de poursuivre sa route dans la fournaise.
Sous nos latitudes, canicule oblige, le soleil, peu à peu, change de statut. D’astre adulé et recherché, on a compris, au cours de ces dernières semaines, que le soleil n’est plus notre ami, et qu’il faut avant tout s’en protéger, comme cela se fait dans les pays chauds, où cette perception est depuis longtemps une réalité. Plutôt que d’ouvrir toutes grandes les fenêtres to let the sunshine in, comme dit la chanson, nous voilà désormais contraints de fermer les volets, baisser les stores, se calfeutrer aux heures les plus chaudes, mettre au point de subtiles stratégies pour faire circuler l’air, s’il y en a.
Les premières fois où je me suis rendue sur le continent africain, je n’ai pas tout de suite compris pourquoi, dans les salles de réunion où nous passions nos journées à travailler, d’épais rideaux empêchaient le soleil d’entrer et nous plongeaient dans la pénombre; avec, en pleine journée, la lumière des néons pour nous éclairer. Et la clim à fond, garantissant un véritable choc thermique dès que nous en sortions. Mais j’ai fini par comprendre…
Des amis vivant à Abidjan m’ont récemment raconté qu’ils n’ont jamais autant souffert de la chaleur que cet été en France, où ils passent leurs vacances. Car à Abidjan, que ce soit au travail, à la maison ou lors de leurs déplacements en voiture, la clim est à fond, y compris la nuit, pour bien dormir. Ce qui n’est pas le cas en Europe, où nous sommes bien moins équipés qu’en Afrique pour faire face aux 40 degrés que nous avons dû affronter.
Reste que dans les pays chauds, comme désormais en Europe, une même réalité se dessine: l’existence d’un véritable apartheid climatique, entre celles et ceux qui disposent de logements spacieux, aérés, voire climatisés, et les autres, l’écrasante majorité, qui subissent les grandes chaleurs de plein fouet, dans des logements transformés en bouilloire thermique.
Sur le continent africain, dans les villages, des savoir-faire bioclimatiques traditionnels, tels que la construction de murs épais en pisé, de patios intérieurs, la pose de claustras laissant passer l’air et la lumière, permettent de résister aux fortes chaleurs. Mais dans les villes, les promotions immobilières n’en tiennent pas compte; et ne s’inspirent pas non plus des maisons coloniales, jouant sur la circulation de l’air, avec une hauteur des plafonds qui permet la fixation de ventilateurs et autres brasseurs d’air.
Rien de tout cela. Dans les nouveaux quartiers, les logements sont conçus pour fonctionner avec la climatisation, ce à quoi beaucoup renoncent, au vu des coûts prohibitifs de l’électricité. Les maisons sont par ailleurs entourées de hauts murs pour se protéger d’éventuelles agressions. Les demeures se transforment ainsi en petits fours, dans lesquels chacun cuit à plus ou moins forte température selon les périodes de l’année. Sous toutes les latitudes, nous devrions être davantage imaginatifs pour tenter de construire des habitations qui permettront au plus grand nombre de survivre, sur une planète qui se réchauffe inexorablement.