Les scientifiques qui nous alertent depuis des décennies sur les menaces que fait planer le réchauffement climatique sont formels: il est encore temps, mais le temps est court pour éviter que la planète Terre ne devienne inhabitable pour les humains que nous sommes. Nous aurons en effet de la peine à (sur)vivre par des températures de 50 degrés, telles celles qui ont déjà été enregistrées dans une vingtaine de pays. Les 30-40 degrés que nous subissons ces jours ne seraient, selon eux, qu’un avant-goût de ce qui nous attend.
C’est donc notre survie même sur la Terre qui est menacée. En ces périodes de canicule – présentées comme exceptionnelles mais qui deviennent la norme –, on disserte beaucoup sur les mesures d’adaptation, de protection en période de grandes chaleurs, de la pertinence d’installer ou non un climatiseur. Mais on parle peu des causes et de ce qu’il faudrait faire pour enrayer ce phénomène. Les responsables politiques et ceux de grands groupes économiques restent terriblement discrets sur la question, histoire de ne pas effrayer leurs électeurs et consommateurs. Au lieu de prendre les mesures drastiques qui s’imposent pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, ils communiquent plus volontiers sur la responsabilité individuelle, demandant aux uns et aux autres de se comporter de manière responsable.
Las. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le déni est roi. Au diable les oiseaux de mauvaise augure, avec leurs prédictions angoissantes, leurs alertes climatiques qui annoncent la fin du monde. Revenir en arrière en relocalisant la fabrication de tout ce que nous consommons – délocalisé en Asie par appât du gain – pour privilégier un circuit court, ne relève-t-il d’ailleurs pas de la mission impossible? Ca serait pourtant le seul moyen de mettre un terme à la catastrophe environnementale que représente la fabrication à des milliers de kilomètres de tout ce que nous trouvons dans les rayons de nos supermarchés. Des biens de consommations transportés par les quelque 100 000 porte-conteneurs qui sillonnent les mers, utilisant un fioul lourd, très polluant, qui recrache des milliers de tonnes de CO2, de dioxyde de soufre et d’oxyde d’azote dans l’atmosphère. Les Etats ne montrent pour l’heure aucun empressement à contrarier d’une quelconque manière le business mondialisé.
La planète étouffe, les catastrophes climatiques ont beau se produire à un rythme soutenu partout sur la planète, cela ne semble donc guère suffire pour nous convaincre de renoncer à des vacances aux quatre coins du monde, à bord d’avions dont les soutes sont remplies de centaines de milliers de paquets d’objets commandés sur les plate-forme de Shein et de Temu; de mettre la clim à fond dans notre SUV ou d’embarquer pour une croisière à bord de villes flottantes. Une manière de s’en donner à cœur joie en consommant de manière frénétique, dans une sorte de suicide collectif à l’échelle planétaire. Le business as usual poursuit sa course folle, à plein régime, pour offrir aux travailleurs pauvres du monde entier, bientôt remplacés par des robots, des produits à bas prix. Nous sommes cuits, dans tous les sens du terme.
Ayons tout de même une pensée reconnaissante pour toutes celles et ceux qui, malgré tout, continuent à se battre à contre-courant, prennent des initiatives courageuses, pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore. Afin d’éviter aux générations futures d’avoir à affronter des températures insupportables, des tsunamis météorologiques qui emportent tout sur leur passage; une nature devenue folle, rendant invivable la vie sur Terre.