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L’étoile de la Russie pâlit en Afrique

Est-ce bien raisonnable?

Cela fait plusieurs années que la propagande russe anti-occidentale fait un tabac sur le continent africain, particulièrement en Afrique de l’Ouest, relayée par de nombreux «influenceurs» locaux qui en ont fait leur gagne-pain. Sans compter les trolls fabriqués en Russie qui inondent les réseaux sociaux, un business initié par le sulfureux Evgueni Prigojine, éliminé après que sa toute-puissance acquise sous les tropiques lui soi montée à la tête.

Sans surprise, les attaques menées ce week-end1> Cf. Le Courrier du 27 avril. dans plusieurs villes maliennes ont généré une multitude d’infox rivalisant d’imagination pour démontrer que la France et les pays occidentaux étaient impliqués. Un message signé Africa Corps, désignant «des mercenaires ukrainiens et européens opérant en Afrique» comme ayant participé aux «actions terroristes» de samedi et dimanche derniers, a été propagé sans retenue sur les réseaux sociaux. Ce même message vante «le courage et l’héroïsme des soldats du Corps africain des Forces armées russes», grâce auxquelles un «scénario syrien» aurait été évité au Mali.

Las. La réalité sur le terrain est bien différente. Dans la ville de Kidal, au nord du pays, les mercenaires russes, retranchés dans une caserne, ont dû négocier un accord leur permettant de quitter la ville sains et saufs. Les rebelles touaregs – associés à des groupes djihadistes pour mener ces attaques d’envergure nationale et prendre la ville de Kidal, symbole de la rébellion touareg – n’ont pas manqué d’en faire écho, tout en se vantant d’avoir vaincu les mercenaires russes qui combattent aux côtés de l’armée malienne. Des vidéos montrant le départ des Russes de Kidal ont envahi les réseaux sociaux, côtoyant les images des nouveaux maîtres de la ville paradant sur des motos ou à bord de 4×4, lourdement armés.

Ce piteux retrait, qualifié par certains de «trahison» à l’égard de la junte malienne – qui avait sollicité Moscou après avoir chassé les forces françaises et onusiennes – risque de ternir encore davantage et durablement la réputation de la Russie sur le continent africain. Cet épisode s’ajoute en effet à celui, également peu glorieux pour la Russie, de l’enrôlement à leur insu de jeunes Africains dans l’armée russe. Plusieurs rapports publiés en ce début d’année ont mis en lumière des processus de recrutement mensongers, où un travail bien rémunéré était proposé, avant que les candidats ne finissent comme chair à canon sur le front ukrainien.

Avec plus de 1000 jeunes Kenyans enrôlés pour combattre au sein des forces armées russes, le phénomène a déclenché un véritable scandale national. A ce jour, seuls une trentaine d’entre eux ont pu être rapatriés, des centaines d’autres ne donnent plus signe de vie. Leurs témoignages glaçants ont convaincu le Premier ministre et chef de la diplomatie kenyane de se rendre à Moscou le 16 mars dernier. A l’issue de sa visite, il a annoncé officiellement que la Russie avait accepté d’arrêter le recrutement de ressortissants kenyans pour combattre en Ukraine.

Reste à savoir si ces faits, documentés, pourront modérer les ardeurs de toutes celles et ceux qui, sur le continent africain, ont espéré avec une incroyable ferveur que la Russie – pays qui n’a jamais colonisé l’Afrique – puisse représenter une alternative aux Occidentaux et aux ex-puissances coloniales. Pour les journalistes africains qui, sur le continent, publient des informations et des reportages critiques sur les mercenaires russes ou leurs recrutements problématiques, la tâche n’est pas aisée.

C’est l’amère expérience qu‘a faite le journaliste nigérian Oumarou Sanou en publiant un reportage sur les exactions commises par les mercenaires russes en Afrique de l’Ouest. Les autorités russes, par la voix de leur ambassade à Abuja, l’ont aussitôt accusé d’avoir été «payé» pour le faire. «La Russie craint-elle la liberté de presse en Afrique?», a répondu Oumarou Sanou, qui déplore les tentatives d’intimidation par la Russie des journalistes et médias indépendants.

Catherine Morand est journaliste.

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