Le 23 février, soit cinq jours avant les attaques américano-israéliennes contre l’Iran, le ministre burkinabè de la Guerre et de la Défense patriotique, Célestin Simporé, était reçu à Téhéran par son homologue iranien et le président de la République islamique d’Iran, Massoud Pezeshkian. Une visite qui symbolisait la volonté de l’Iran d’être davantage présente sur le continent africain, en s’appuyant sur les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) formée par le Burkina Faso, le Niger et le Mali, désireux de s’affranchir de la tutelle de la France et ainsi diversifier leurs partenaires internationaux. Téhéran soutient d’ailleurs les pays de l’AES en leur fournissant des drones pour lutter contre les mouvements djihadistes qui les assaillent.
Malgré de nombreux démentis, la rumeur selon laquelle Célestin Simporé aurait été tué lors des récents bombardements sur Téhéran s’est pourtant rapidement propagée. Reste qu’en dépit de ce rapprochement, les bombardements américano-israéliens sur Téhéran et l’assassinat du Guide suprême Ali Khamenei n’ont été que mollement condamnés par Ouagadougou. Sur les réseaux sociaux, des internautes expliquent ce manque d’empressement par le récent octroi de quelque 147 millions de dollars par les Etats-Unis, montrant leur volonté de reprendre pied dans une région gorgée de ressources minières stratégiques.
A l’instar d’autres régions du monde, les réactions officielles des pays africains sont plus ou moins virulentes en fonction des rapports de force et des intérêts des uns et des autres. L’Union africaine et la Cédéao, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, appellent ainsi à un cessez-le-feu immédiat tout en s’inquiétant des possibles répercussions sur les prix du pétrole et du gaz, qui auraient «un impact immédiat sur les économies ouest-africaines déjà fragilisées».
Le Sénégal, le Maroc, le Tchad, entre autres, appellent également à un cessez-le-feu immédiat et condamnent les bombardements en Iran, mais aussi ceux menés par l’Iran sur les pays du Golfe. Membre des BRICS dont l’Iran fait également partie, l’Afrique du Sud se retrouve dans une position diplomatique particulièrement délicate. Le président Cyril Ramaphosa, connu pour ses prises de position courageuses, a ainsi critiqué l’argument israélien d’une «frappe préventive» à l’égard de l’Iran, la légitime défense ne pouvant selon lui s’exercer de façon anticipée.
La société civile donne de la voix dans les médias et sur les réseaux sociaux. Ainsi, sur les ondes de TV5 Monde, Alioune Tine, fondateur du groupe de réflexion Afrikajom Center basé à Dakar, estime que «nous vivons une période extrêmement difficile où la plupart des pays souverains qui n’ont pas de forces armées ni d’armes nucléaire sont en sursis». Tandis que le média online Ledjely basé à Conakry décrit «le sentiment de colère contenue des Africains face aux bombardements de l’Iran» qui ne peut s’exprimer publiquement, pour éviter le risque de fâcher le camp occidental. «Car le pays des mollahs, malgré tous les reproches que l’on peut lui adresser, demeure une forme de géant de substitution que certains, en Afrique, se plaisent à voir contester l’hégémonie occidentale», lit-on encore.
La loi du plus fort est en tout cas dénoncée avec vigueur sur les réseaux sociaux. «Après l’Iran, c’est à qui le tour? L’impérialisme renaît, les Etats-Unis veulent diriger le monde. Et aussi prendre possession de toutes les richesses. Plus personne ne pourra résister», s’inquiète un internaute sur le site d’information Seneplus, basé au Sénégal. D’autres questionnent le manque de réactions de la Russie, alliée de l’Iran: «Des milliers de drones iraniens fournis à la Russie font des milliers de morts civils en Ukraine. Mais la Russie ne lève pas le plus petit doigt quand l’Iran se fait massacrer!», peut-on également lire sur Seneplus.