Les notions de fascisme ont fait leur grand retour dans le débat public ces dernières années.
Quel terme utiliser?
On assiste en effet à la montée électorale et à l’accession au pouvoir de forces politiques dont la dénomination fait débat. C’est le cas avec Trump (Etats-Unis), Milei (Argentine), Meloni (Italie) ou encore Orbán (Hongrie) – qui vient tout juste d’être détrôné après seize ans de règne. La notion la plus traditionnellement admise est celle d’«extrême droite».
Certains lui reprochent de n’être que topographique: un parti d’extrême droite serait tout simplement une formation située à la droite de la droite républicaine. Pour notre part, nous considérons que la notion d’extrême droite possède une définition opérationnelle claire: elle désigne les mouvements porteurs d’un projet politique discriminatoire. Par exemple, l’extrême droite en France accorde une place centrale à l’instauration d’une «préférence nationale». On peut regretter que les grands médias traditionnels, en particulier la télévision, ne rappellent plus cette réalité.
Un des termes très en vogue dans les années 2010 a été celui de «populisme». Il caractériserait un style politique opposant le peuple aux élites. Cette notion a été en particulier utilisée pour établir une équivalence entre diverses forces de droite, de gauche, ou dotées d’un programme politique indéfini. Dans son ouvrage Populisme: le mal nommé (2026), Arthur Borriello souligne la diversité que cette notion recouvre, tout en suggérant que le «moment populiste» semble aujourd’hui dépassé.
Plus récemment, la notion d’«illibéralisme» est montée en force. Elle doit son succès au fait qu’elle permet aux tenants du libéralisme politique de définir des régimes politiques, comme celui d’Orbán en Hongrie, par leur opposition aux fondements libéraux. Certes, les partis illibéraux participent au jeu électoral: ils ne sont pas antiparlementaires comme les partis fascistes des années 1930. Mais ils tendent à remettre en question les libertés civiles.
Certains auteurs néanmoins privilégient les termes de «fascisme» ou de «néofascisme», à l’instar d’Ugo Palheta, auteur de Comment le fascisme gagne la France (2025). Cette notion fait débat: ceux qui la contestent mettent en avant que le fascisme se caractérise par des milices. Selon eux, seule l’extrême droite radicale et groupusculaire pourrait être qualifiée de fasciste. Leur objection tient dans le fait que cette frange reste très minoritaire. Des observateurs insistent toutefois sur la porosité entre les militants de l’extrême droite radicale et l’extrême droite parlementaire – une réalité régulièrement illustrée, dans les médias français, par la désignation de «brebis galeuses» sur les listes électorales de ces partis lors de scrutins.
Le retour de l’antifascisme.
C’est dans ce contexte, considéré par certains analystes comme un «retour du fascisme», que se développent également des mouvements antifascistes. En France, la mort en février 2026 d’un militant – qualifié d’identitaire par les uns et de néofasciste par les autres – au cours d’un affrontement avec des antifascistes a relancé le débat.
A droite, certains contestent la pertinence même de l’antifascisme, arguant que le fascisme n’existe plus et que le terme n’est qu’un anathème pour disqualifier l’adversaire. L’usage à tout bout de champ du terme «fascisme» risquerait alors d’en vider la substance. Selon cette vision, l’antifascisme se résumerait à l’affrontement de rue.
A gauche, on rappelle que l’antifascisme est, depuis les années 1930, un mouvement bien plus vaste que les seules actions d’autodéfense de rue, et qu’il comprend en particulier tout un travail d’éducation populaire. Le mouvement antifasciste, à travers l’autodéfense populaire, ne désignerait pas uniquement une autodéfense physique, mais surtout un travail d’autodéfense intellectuelle contre les idées fascisantes.
Cette autodéfense s’avère d’autant plus nécessaire que, comme nous l’avons souligné, elle n’est plus menée par les grands médias traditionnels français. Pire encore, certains – comme les médias du groupe Bolloré – sont utilisés comme des armes pour banaliser et faire triompher les idées d’extrême droite. L’autodéfense intellectuelle contre le fascisme peut être définie comme une «pédagogie publique antifasciste».
Cette démarche vise à déconstruire les idées d’extrême droite. On a pu observer ce travail, par exemple, lors des élections municipales françaises de 2026, à travers l’action des organisations syndicales d’enseignant·es. Plusieurs d’entre elles ont ainsi publié des brochures pour lutter contre les thèses d’extrême droite. De nombreuses organisations syndicales sont d’ailleurs réunies au sein du réseau VISA (Vigilance et initiatives syndicales antifascistes) pour mener ce combat.