Agora

Pensées courtes / théâtre durable

Le directeur du POCHE /GVE Mathieu bertholet réagit à une chronique du metteur en scène Dominique Ziegler publiée le 6 juillet.
Arts de la scène

M. Ziegler prétend que je suis un «Macron en roue libre», travaillant à la disparition des artistes. Sa virulente déformation de mes propos et ses amusants raccourcis cachent mal l’absence de proposition face à la précarisation des artistes qui devrait empêcher un socialiste héréditaire de dormir. Il y a «concurrence ASSEZ déloyale» en Romandie, entre des spectacles dont la fabrication est soumise à des règles strictes et à une CCT, et des spectacles qui, faute de moyens adéquats, jonglent et luttent pour pouvoir exister. Des deux côtés, il y a de bons spectacles. Faire de meilleurs spectacles, au sens éthique et social, n’impliquent pas qu’il y ait moins d’artistes, seulement moins de spectacles, répétés et joués plus longtemps, avec plus de moyens. Un spectacle avec 12 actrices vaut mieux que 3 spectacles avec 4 actrices. Voilà là tout le bon sens néolibéralomathématique que je mets en œuvre, depuis huit saisons au POCHE /GVE et qui montre, qui du rhéteur ou du directeur, se soucie plus d’une profession ou de sa carrière. Il y a ce qu’on dit. Et il y a ce qu’on fait. La saison qui vient, 11 actrices, choisies parmi 350 en auditions, joueront dans 7 pièces programmées par notre Comité de Lecture qui a lu plus de 250 textes. Six auteures vivantes. Cinq pièces jouées pour la première fois. Huit metteures en scène, 1 scénographe, 1 créateur lumière, 6 créatrices costumes, 7 créatrices son, elles aussi artistes, auront une place au POCHE. Plus de 3/4 des salaires artistiques versés à des artistes de la région. Un tiers des artistes au programme sont émergentes. La majorité sont des femmes: interprètes, auteures, metteures en scène, créatrices… Ensemble, comités, jury et participation infusent toute la saison. La durabilité est au cœur de nos réflexions. Engager durablement sur des contrats longs. Faire un théâtre responsable écologiquement: une scénographie pour une saison; des spectacles qui restent longtemps à l’affiche. Donner de l’avenir à une profession: soutenir la relève, donner de la place aux aguerries, sauvegarder des métiers… Accompagner le public autrement: comité de spectatrices, billets suspendus, ateliers d’écriture, donnant accès à un théâtre d’aujourd’hui. Un théâtre pour toutes, spectatrices et artistes.

L’étude de la CoRoDiS étaye avec rigueur scientifique ce que nous sentons depuis longtemps: un système malade, en surchauffe, menant nombre d’artistes vers la précarité, sans aide à la reconversion. Notre milieu, qui se veut de gauche, est une jungle. Il est temps de proposer d’autres théâtres. D’en faire moins, mieux payé. De remettre des artistes dans les lieux qui devraient être à eux. De lutter contre l’insécurité sociale, le mercenariat, de donner du temps, de revenir à l’artisanat. Fort de mon expérience d’auteur, de metteur en scène, de ma formation berlinoise et de mon expérience romande, j’ai proposé ce projet alternatif au POCHE, qui montre dans les actes, une autre possibilité de fabriquer du théâtre, socialement et écologiquement juste, aujourd’hui. Dans un théâtre qui existe depuis septante-cinq ans. Qui programme depuis le premier jour des auteures contemporaines, avec des actrices locales. Les valeurs, anciennes, de ce théâtre, n’ont jamais été aussi nécessaires: faire des textes qui parlent des temps présents, soulèvent des questions par les mots et en actions, proposent une alternative au monde tel qu’il est.

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