Édito

La fraude fiscale en toute légalité

La fraude fiscale en toute légalité 1
Parmi les personnalités épinglées, quelques-unes des chevilles ouvrières du néolibéralisme, comme l’ex-premier ministre britannique Tony Blair. KEYSTONE/ARCHIVES
Pandora papers

Tiens, lorsqu’il est question de fraude fiscale et de blanchiment d’argent, comme par hasard, la Suisse se retrouve sous les projecteurs. Le Consortium international des journalistes d’investigation (CIJI), représenté en Suisse par la cellule enquête de Tamedia, a lancé une nouvelle bombe ce lundi. Les Pandora Papers mettent en lumière les nouvelles stratégies utilisées pour frauder le fisc en toute légalité, cacher des revenus illégaux, voire blanchir des fonds criminels. Quelque 300 responsables publics, 35 chefs d’Etat et 130 milliardaires se retrouvent ainsi épinglés. Sans surprise, on retrouve quelques-unes des chevilles ouvrières du néolibéralisme, comme l’ex-premier ministre britannique Tony Blair ou l’ex-président du FMI Dominique Strauss-Kahn…

Nouveauté de cette fuite, plus que les banques, ce sont les intermédiaires qui se retrouvent soumis au test de Dracula, c’est-à-dire exposé·es à la lumière de la publicité: avocat·es, fiduciaires, prête-noms. Les moyens de contourner la loi ne manquent pas et les dispositions contre le blanchiment d’argent ne les concernent guère.

Un des gros poissons pris dans les filets de ces Pandora Papers, le fournisseur panaméen Alcogal, gère ainsi quelque 7000 sociétés offshore; un tiers d’entres elles sont administrées depuis la Suisse. La Tribune de Genève a interrogé l’une de ces intermédiaires qui avoue candidement ne pas savoir qui étaient ses clients…

Après les Panama Papers, le Conseil fédéral avait tenté ce printemps de mettre un peu d’ordre dans ce marigot. Il est tombé sur un os. Une camarilla d’avocat·es – caste fortement représentée au parlement fédéral – a coulé le projet. Le droit suisse serait exemplaire, ont-ils plaidé. On voit qu’il s’agissait surtout de laisser couver tranquillement la poule aux œufs d’or qui les affourage. Ce chœur de pleureuses va de nouveau donner de la voix ces prochains jours. Gardons à l’esprit que cela est par pur intéressement. Le PS a annoncé par voie de communiqué vouloir remettre sur le tapis un bouquet de lois: faciliter la confiscation des avoirs obtenus illégalement, abaisser le seuil des obligations de diligence et créer un registre central des bénéficiaires effectifs de ces montages, histoire d’améliorer la transparence.

Il y a urgence à nettoyer ces écuries d’Augias. Il est tout de même question de l’équivalent de près de 8000 milliards de francs qui circulent en toute discrétion sous les radars fiscaux ou pénaux des Etats. Le Gafi (Groupe d’action financière sur le blanchiment des capitaux), l’organisation internationale intergouvernementale qui s’occupe de ces questions, plaide depuis des années pour de meilleurs contrôles. A un moment, ceux-ci vont s’imposer de l’extérieur et l’obstination du lobby des avocat·es qui tente d’enterrer ces mesures va coûter très cher à la Suisse, dont ses représentants sont en fait les véritables fossoyeurs.

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