Risque-t-on en Suisse des mégafeux comme en Gironde? Pas impossible, même si la structure du patrimoine boisé et la géographie ne sont pas les mêmes. Le réchauffement climatique augmente le risque de tels événements extrêmes. Il faut s’y préparer, au niveau des équipements, de la formation des pompiers et des doctrines d’intervention.
Ce qui est d’ailleurs le cas. Mais cela exige du temps – modifier et diversifier les essences dans les forêts pour les rendre plus résilientes aux incendies prend des décennies. Et cela coûte de l’argent. Le traumatisme causé par les incendies de cet été permettra-t-il de faire progresser la question climatique dans l’agenda des priorités? On peut émettre de sérieux doutes. Il n’y a qu’à voir le pitoyable discours d’un Emmanuel Macron en 2022, avec cette phrase qui révèle à la fois la suffisance du personnage et son inconsistance politique: «Qui aurait pu prédire […] la crise climatique aux effets spectaculaires encore cet été dans notre pays», en référence aux feux de forêts – déjà – en Gironde.
La majorité politique en Suisse semble tout aussi peu capable de prendre la mesure du problème. Il y a trois ans encore, UDC et PLR accusaient, dans le plus pur style complotiste, la SSR d’alarmisme climatique. La météo du service public audiovisuel souffrirait d’un biais idéologique visant à influencer le bon peuple, en usant d’un graphisme catastrophiste pour ses cartes météo. Un bel exemple du syndrome consistant à casser le thermomètre plutôt que de prendre la mesure de la crise.
Pis. Les scientifiques qui, au moins depuis le sommet de Rio en 1992, tirent la sonnette d’alarme ont pu être accusé·es par l’extrême droite et une partie du bloc central… d’avoir mal et insuffisamment communiqué. Voire de refuser des solutions!
Or celles-ci tiennent de l’emplâtre sur une jambe de bois. «Yaka» tout climatiser. Et tant pis si cela augmentera les îlots de chaleur, ne résoudra en rien les risques de feux ou de sécheresse affectant l’agriculture et creusera un peu plus le fossé entre riches et revenus modestes. Ce discours, porté par le Rassemblement national en France commence à faire son nid en Suisse aussi.
Le problème est pourtant systémique. Il faut cesser d’injecter du gaz carbonique dans l’atmosphère. Cela suppose d’autres modes de production, de déplacements et de construction. C’est au pied du mur que l’on reconnaît le maçon; on peut d’ores et déjà parier que le bloc bourgeois qui domine le Parlement fédéral verra toutes sortes de bonnes raisons de bloquer la moindre initiative qui viendrait rogner un tant soit peu ses prébendes. Une raison de plus pour tenir bon et continuer à porter un discours autonome et des projets à même d’assurer un avenir à nos enfants.