Édito

Lutte autochtone, enjeu global

Lutte autochtone, enjeu global
Des supporters des Wet'suwet'en ont bloqué des voies de chemin de fer, ici à l'ouest d'Edmonton, en Alberta. KEYSTONE
Canada

Le conflit entre le Canada et le peuple Wet’suwet’en semblait s’apaiser dimanche, après l’annonce d’un «accord de principe». La pression était forte sur les deux camps. Depuis près d’un mois, ce petit peuple amérindien de Colombie-Britannique et ses alliés écologistes et autochtones tiennent en haleine l’immense fédération canadienne, aussi dépendante aux prélèvements de ses matières premières qu’à leur transport sur des milliers de kilomètres. En occupant des voies de chemin de fer pour s’opposer à la construction du gazoduc Coastal GasLink en plein milieu de leurs terres ancestrales, les Wet’suwet’en ont mis le poing là où ça fait mal. Et suscité une flambée de réactions outrancières, faisant craqueler le vernis du politiquement correct à la canadienne.

Pour le premier ministre, Justin Trudeau, qui se pose volontiers en ami des peuples premiers et de l’écologie mais sait aussi bichonner ses provinces et lobbies pétroliers, cette nouvelle affaire est désastreuse. Lancer un chantier colossal (30 milliards de francs) sur des terres «non cédées»1Occupées par le Canada durant le XIXe siècle sans qu’un traité ne soit signé avec les autochtones. sans l’accord de leurs représentants traditionnels – dont la Cour constitutionnelle reconnaît la légitimité – montre que la logique coloniale du fait accompli ne s’est guère atténuée à Ottawa.

Certes, des autorités locales2A travers des «Conseils de bande» créés en vertu de la loi sur les indiens de 1876. avaient été amadouées. Mais ce consentement, arraché à des communautés privées de tout et qui ne seront pas directement traversées par le pipeline, est un artifice. L’enjeu dépasse le local et l’immédiat. Il a à voir avec la subsistance d’une culture, d’une nation à travers son territoire. Il a à voir, aussi, avec les centaines de millions de tonnes de CO2 que le gaz naturel issu du pipeline libérera dans l’atmosphère. Les blocages de voie qui ont essaimé à travers tout le Canada l’illustrent à l’envi.

Bien que le contenu de l’accord n’ait pas été divulgué et encore moins adoubé par l’ensemble des chefs Wet’suwet’en, la société TC Energy (ex-TransCanada) a d’ores et déjà annoncé que les travaux de construction du gazoduc reprendront lundi. Elle fait le pari que les derniers résistants plieront à leur tour sous la pression interne et externe. Au grand dam de ceux qui rêvaient d’infliger une nouvelle défaite à TransCanada, après l’abandon en 2017 du pipeline Energie Est. Difficile pourtant d’exiger d’une communauté paupérisée de 3000 âmes qu’elle parvienne, presque seule, à faire barrage à notre fuite en avant.

Notes   [ + ]

1. Occupées par le Canada durant le XIXe siècle sans qu’un traité ne soit signé avec les autochtones.
2. A travers des «Conseils de bande» créés en vertu de la loi sur les indiens de 1876.

Un rassemblement de soutien à la lutte des Wet’suwet’en aura lieu mercredi à 17h sur la place des Nations.

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