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Quel salaire minimum?

Le salaire minimum ne fera pas baisser loyers ni primes maladie. Mais il rééquilibre un marché du travail asymétrique. KEYSTONE / IMAGE D'ILLUSTRATION
Votation cantonale

Dans le débat vaudois sur le salaire minimum légal, gauche et droite défendent un même principe en vue des votations du 14 juin: un plancher de 23 francs de l’heure. Mais, une fois cette victoire syndicale admise, commence la vraie bataille.

Car, contrairement à la présentation des autorités, on ne vote pas exactement sur «le même montant». L’initiative part de 23 francs en 2023, indexés au coût de la vie: soit 23,60 francs aujourd’hui, et davantage dès 2027. Le contre-projet prévoit 23 francs, avec indexation laissée à l’appréciation du Conseil d’Etat. Pour les bas salaires, ces centimes représentent plus de 100 francs par mois: un caddie, une facture, parfois la fin du mois.

>>Lire aussi notre dossier: Salaire minimum: «Une mesure simple et efficace» 

L’autre différence est politique. La droite fait primer les conventions collectives sur le minimum légal. Un argument qui pèse dans un pays où le partenariat social est un mythe national. Pourtant, lorsque tant de CCT fixent des minima sous le seuil censé garantir une vie digne, la convention cesse d’être un bouclier: elle devient une frontière.

Du mauvais côté restent celles et ceux dont le travail est indispensable mais mal reconnu: nettoyage, restauration, commerce, coiffure, économie domestique. Des branches entières, souvent féminisées et occupées par une main-d’œuvre étrangère qui ne votera pas en juin. Les chercheur·es interrogé·es dans nos pages le rappellent: le salaire n’est pas forcément le «juste prix» d’un travail, mais le produit d’un rapport de force défavorable à qui n’a pas le choix d’accepter un bas salaire.

Les exemples jurassien et tessinois fragilisent encore le contre-projet vaudois, a rappelé jeudi Unia. Ces cantons ont éprouvé des modèles incorporant les failles que Vaud pourrait inscrire dans la loi: indexation erratique, primauté de minima conventionnels plus bas, catégories entières laissées sous le seuil. Le Tessin vient de corriger le tir; un comité jurassien s’y emploie. Pourquoi copier des faiblesses que nos confédéré·es ont corrigé?

Le salaire minimum ne fera pas baisser loyers ni primes maladie. Mais il rééquilibre un marché du travail asymétrique, que la collectivité pallie aujourd’hui par l’aide sociale. Avec l’indexation voulue par les initiant·es, entre 5 et 7% de la main-d’œuvre vaudoise serait concernée. Si seul le contre-projet passe, les syndicats estiment que ce nombre pourrait être divisé par deux. Le vote du 14 juin ne départagera pas deux variantes techniques autour d’un «même montant». Il dira si la dignité promise vaut pour toutes et tous, ou seulement pour celles et ceux que le partenariat social aura bien voulu inclure.

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