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Le service civil, garant de cohésion

Le service civil vient renforcer par exemple les tâches de soin aux personnes et peut susciter des vocations. KEYSTONE
Votation fédérale

C’est un objet de votation occulté par la «Suisse à 10 millions», mais il n’en est pas moins important. Le 14 juin, les citoyen·nes suisses se prononceront sur la modification de la loi fédérale sur le service civil. La réforme vise à restreindre l’accès à cette option jugée trop attractive par le Conseil fédéral et la majorité de droite du parlement. Toute régression sur un acquis est un mauvais signal. Mesurons d’abord le chemin parcouru.

Il fut un temps où les refus de servir se classaient entre «vrais» objecteurs (pour motifs éthique ou religieux) et «réfractaires», avec des peines de prison plus ou moins longues à effectuer. Lorsqu’un service civil fut adopté, en 1996, apporter la preuve de son conflit de conscience et consentir à un service civil une fois et demie plus long que la période concernée par le refus devait suffire. Pourtant, les offensives de la droite pour affaiblir le service civil se sont multipliées. Les défenseur·es de ce dernier mettent en avant ses apports indispensables, sa contribution à la cohésion sociale et à la sécurité par des moyens non militaires. Contre la perte de lien entre les générations, pour le renforcement (et la mixité) des tâches de soin aux personnes, la préservation de l’agriculture, ou encore la lutte contre le réchauffement climatique: ces tâches sont accomplies avec dévouement et, parfois, suscitent des vocations. Les témoignages réunis dans l’article que nous publions le montrent: plus on fréquente l’armée, moins on y trouve de sens – à moins d’être inconditionnel de la chose militaire, cela va de soi.

Ainsi, le nombre de civilistes n’a cessé de croître, avec un record de 7211 admissions en 2025 (+6,1% par rapport à 2024). Plus d’un tiers des demandes ont été déposées après l’école de recrues (ER). Un point très irritant pour les partisans de l’armée, qui attendent un retour sur investissement. Car les 18 à 21 semaines que dure l’ER coûtent cher à la collectivité. Or, si l’on met de côté des acquis très orientés, voire masculinistes, comme la capacité à commander, on peine à voir quelles sont les compétences qui ne s’acquièrent pas dans les univers associatif, sportif, culturel ou professionnel – tels que l’esprit d’équipe, la résistance au stress, la constitution d’un réseau ou le brassage des origines.

C’est qu’en vérité, ces raisons ont toujours été secondaires et le sont plus que jamais. Ce que l’armée inculque d’abord, c’est la soumission aux ordres, la discipline comme vertu cardinale, la perpétuation d’un credo vieux comme les cimetières: «Si tu veux la paix, prépare la guerre.» A l’heure où celle-ci est dépeinte comme une perspective inévitable par les tenants d’un ordre injuste et prédateur, le service civil reste cette modeste et précieuse alternative, qu’il faut à tout prix protéger et même développer.

Dossier Complet

Votations fédérales du 14 juin 2026

La population suisse votera sur deux objets: l'initiative de l'UDC «Pas de Suisse à 10 millions» et la réforme du service civil, combattue par référendum. Retrouvez ici tous nos articles.