Les comptes 2025 de l’AVS ont clôturé sur un bénéfice de 1,8 milliard de francs. Et même de 4,4 milliards, si l’on y intègre la part des revenus générés par la fortune du premier pilier, soit un pactole de 60,4 milliards de francs. Il s’agit du cinquième résultat positif, si l’on s’en tient à la seule logique redistributrice de l’AVS, c’est-à-dire si l’on considère uniquement les rentrées annuelles (les cotisations), auxquelles on soustrait les sorties (les rentes servies). La logique des chiffres contredit donc le discours catastrophiste porté par les milieux bourgeois – mais aussi, en son temps, par le conseiller fédéral Alain Berset et son directeur de l’OFAS, Stéphane Rossini – qui mènent le bal au parlement fédéral. Année après année, la droite conservatrice peint le diable sur la muraille et invoque des pertes à venir pour justifier des régressions en matière d’assurances sociales: recul de l’âge de l’AVS pour les femmes à 65 ans, baisse des rentes pour le deuxième pilier, suivis de menaces de relèvement de l’entrée dans la retraite pour toutes et tous.
On a vu les mêmes thèmes être développés lors de la votation de mars 2024 introduisant une 13e rente pour les retraité·es. Avec l’argument prétendant que cette mesure pénaliserait les jeunes, chargé·es de financer les seniors. C’est oublier un peu vite que l’AVS n’est pas un impôt, comme tente de le faire croire la droite, mais bien un salaire différé. Il s’agit aussi du mécanisme de redistribution des richesses le plus efficace de Suisse. C’est sans doute pour cela que les milieux conservateurs n’en veulent pas. Dans un partage de plus en plus inéquitable des gains de productivité entre travail et capital, ils refusent tout apport au premier.
Ce souci de préservation des intérêts des nantis se retrouve d’ailleurs dans les mesures présentées il y a une semaine par le Conseil fédéral. Pour garantir un financement pérenne du premier pilier, Berne évoque une hausse de 0,7 point de TVA combinée à 0,2 point de cotisation, ou une augmentation de 0,9 point uniquement de la TVA.
On devine quelle option aura les faveurs de la majorité bourgeoise. La TVA est par essence un impôt antisocial (les revenus modestes paient une part proportionnellement plus élevée de leur salaire), et il frappe des personnes – les retraité·es – qui seraient exempté·es d’une progression de la cotisation. Et cela écarte opportunément d’autres pistes de revenus pour l’AVS (et pour d’autres secteurs en déshérence comme l’environnement, les transports, le logement ou la santé): taxation des transactions financières, imposition des bénéfices du capital et des successions, etc.
Ce débat-là, celui d’une plus juste répartition des gains de productivité, mérite d’être remis sur la table dans le cadre du paquet de pistes proposées par le Conseil fédéral le 20 mai et qui part maintenant en consultation.