Édito

L’égalité à tous les étages

L’égalité à tous les étages
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Grève féministe

Hasard du calendrier? A l’approche de la grève féministe du 14 juin, les initiatives politiques visant à avancer vers une égalité réelle se multiplient. Le gouvernement genevois a présenté mercredi ses projets pour une parité au sein de ses conseils d’administration. Le même jour, Neuchâtel, canton pourtant pionnier des droits des femmes, ratait une expérience intéressante. Celle de faire élire, pour trois législatures, un parlement paritaire. Une alliance entre le POP et la droite a coulé la proposition socialiste. La position du POP est difficilement audible: comment affirmer que les quotas de genre réduisent «de manière inacceptable la liberté des électeurs», alors qu’il défendait pour les élections cantonales un système de quotas géographiques?

Les quotas de femmes ne sont pas une solution miracle, mais font partie d’une palette d’outils utiles. Et il est de la responsabilité des autorités de mettre en place des politiques pour corriger les carences de représentativité du système. Or, le constat est implacable: les femmes sont sous-représentées dans les parlements. Alors que les quotas de représentation des populations cantonales au niveau fédéral passent pour évidence, les réticences envers semblables mécanismes pour représenter la moitié de la population sont difficilement compréhensibles.

Car les déclarations d’intention et les mesures incitatives se heurtent à la réalité. Malgré l’inscription de l’égalité dans la Constitution, le profond fossé entre et femmes et hommes subsiste, se révélant parfois violent. En termes de salaires, d’accès aux postes à responsabilités mais aussi de partage des tâches et des métiers difficiles. La problématique est structurelle. Elle s’applique depuis le sommet de la société jusqu’en bas.

C’est là où le bât blesse. La plupart des initiatives visent à améliorer l’égalité dans les postes dirigeants – ce qui est bien sûr nécessaire. Mais c’est dans les couches les plus précaires de la société que s’expriment dans une forme particulièrement dure les inégalités, comme nous le rappellent aujourd’hui des femmes sans-papiers. Celles-là même qui s’occupent – souvent pour des salaires de misère – des foyers des femmes qui obtiennent des postes à responsabilité.

Car les faits sont têtus. Si nombre de femmes ont réussi à se forcer un chemin vers des emplois plus intéressants et des instances dirigeantes au cours du demi-siècle passé, beaucoup d’hommes n’ont pas pour autant assumé leur véritable part du travail domestique et familial. Le poids retombe ainsi souvent sur d’autres femmes, migrantes.

Ainsi, le chemin vers l’égalité doit nécessairement passer par des mesures politiques fortes. Mais aussi par une prise de conscience des hommes, qui doivent lâcher des espaces de pouvoir. Et surtout, s’investir davantage «à la maison». Pour que l’avancée vers l’égalité entre femmes et hommes se fasse vraiment. Mais pas sur le dos d’autres femmes.

Opinions Édito Gustavo Kuhn Grève féministe

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