L’ennui est de plus en plus perçu comme une clé d’accès à la créativité. Dans notre société, il devient même souhaitable pour certains d’ennuyer volontairement les enfants en les plongeant dans le silence, afin qu’à partir de rien «quelque chose» naisse. Dans Tant que danseront les enfants, le quatrième roman de Fanny Desarzens, lauréate lausannoise d’un prix de littérature suisse en 2023, la perspective est toute autre.
Le récit est porté par la voix d’un narrateur, un enfant isolé qui, au fil du récit, devient membre d’un groupe d’ami·es qui se retrouvent pour se conter des histoires. Ensemble, ils évoluent dans une ville qui change. La modernisation de leur localité se fait dans le bruit des travaux, dans la perte des couleurs et dans l’ajout d’éléments qui la rendent étroite. Leur seul refuge : un terrain vague, où le jeu est sérieux et où la créativité se gagne et les fait grandir.
Sous la plume de la romancière, ce récit d’enfance conquiert remarquablement les perceptions du lecteur. Le style impressionniste du roman recrée, d’une manière saisissante, l’atmosphère de l’enfance. Il mime les expressions, restitue l’instantanéité et la lenteur des épisodes traversés, et adopte le point de vue sensible des enfants, le réel étant contaminé par leur imagination. La créativité est au cœur de ce récit; elle surgit de la rencontre, des aventures vécues et des histoires racontées.
Elle peuple le réel, repousse ses limites et questionne l’adulte, relégué ici au second plan, sur la part d’imaginaire qui le construit.
Cette chronique a été écrite par un étudiant en Lettres de l’université de Genève, dans le cadre de l’atelier d’écriture animé par Pierre Bellon.