L’UDC genevoise lance Céline Amaudruz dans la course au Conseil fédéral. Parlementaire fédérale, vice-présidente du parti national, la Genevoise possède quelques atouts, sa candidature est sérieuse. La formation d’extrême droite du bout du lac appelle à l’union sacrée dans la cité de Calvin et plus largement au niveau romand pour défendre sa championne, contestée par le clan blochérien.
C’est de bonne guerre. Mais cela ne doit pas nous faire oublier quelques réalités. Pour commencer, il s’agit d’une élection indirecte, par les Chambres. Ce sont les député·es et sénateur·trices qu’il faudra convaincre. Le reste n’est qu’écume et construction d’un rapport de force propagandiste, certes, mais dont la portée est limitée.
Cet entre-soi est un des problèmes de la formule dite «magique» qui régit la distribution des sièges à l’exécutif fédéral. A fortiori avec un parlement passablement coupé des réalités de la population suisse, occupé surtout à caresser dans le sens du poil les lobbies en tout genre qui font la loi à Berne, plutôt qu’à œuvrer pour le bien commun. La dérive de l’assurance-maladie, la servilité des parlementaires par rapport au monde de la finance ou l’inertie du monde politique sur le conflit au Proche-Orient sont là pour nous le rappeler.
Deuxième rappel nécessaire, celui qui consiste à relativiser l’avantage, au niveau cantonal, de pouvoir compter sur «son» ou «sa» conseillère fédéral·e. Il ne nous a pas frappé que l’élection d’une Ruth Dreifuss ou d’une Micheline Calmy-Rey ait soudainement bénéficié au bout du lac. Quelles que soient les qualités respectives de ces deux anciennes conseillères fédérales.
Ce sont bien les compétences des candidat·es qui doivent primer. La conseillère nationale, concédons-lui cela, ne se cache pas derrière son petit doigt. Elle a su s’afficher en rupture avec les positions les plus rétrogrades de l’UDC sur l’avortement, les droits des couples du même sexe ou, hier, sur la position qui serait la sienne sur les bilatérales III.
Mais elle incarne aussi une forme de « fémonationalisme » qui ne doit pas nous tromper. Sur l’asile et plus largement sur les politiques migratoires, elle n’hésite pas à emboucher les trompettes d’un populisme rance, voire xénophobe si cher à l’extrême droite.
En cela, elle ne peut espérer des forces politiques progressistes, actives sur ces questions, qu’un vote stratégique du moindre mal, par exemple dans le cas où l’UDC zurichoise imposerait un de ces blochériens au mufle hideux que l’extrême droite semble élever de manière intensive.