A l’époque, Ueli Maurer se montrait catégorique: «Du point de vue du droit de la neutralité (…) le fait que la Suisse achète ou non six drones à Israël n’a aucune importance. Cela ne renforce ni l’industrie de l’armement israélienne ni l’armée israélienne», affirmait le conseiller fédéral UDC, désormais retraité, devant le Conseil national en juin 2015. Dans la foulée, il convaincra une majorité d’élu·es d’accepter la commande passée à Elbit Systems – malgré les vives critiques de la société civile.
Les assurances données par Ueli Maurer, reprises inlassablement par ses successeur·es au Conseil fédéral les années suivantes, se sont avérées totalement fausses.
Dans le cadre de l’acquisition des drones Hermes 900, la Suisse a en effet cofinancé une avancée technologique décisive au profit du principal fabricant d’armes israélien. C’est ce que montre le second volet de notre enquête, que nous publions aujourd’hui: la société Ruag, propriété de la Confédération, a conçu avec Elbit Systems un système d’évitement précurseur, le Detect and Avoid (DAA). Abandonnée par la Suisse, cette technologie équipe déjà certains drones commercialisés par la firme israélienne – qui joue la carte de la «qualité suisse» pour vendre ces équipements dans le monde.
Ce n’est pas le seul coup de pouce helvétique au géant israélien de l’armement. Comme nous l’expliquions la semaine dernière, le Conseil fédéral aurait pu annuler, sans grand dommage financier, l’achat des drones Hermes qui a viré au fiasco. L’exécutif a préféré confirmer cette acquisition en septembre 2025, alors que le rôle central joué par Elbit dans le génocide à Gaza était largement documenté. Pire encore: à plusieurs reprises, Armasuisse a consenti à reporter sa commande pour que la firme puisse consacrer tous ses efforts au massacre des Palestinien·nes.
La Confédération a donc bien renforcé le complexe militaro-industriel israélien, au moment où ce dernier dégoulinait de sang palestinien. Et au mépris du droit international, qui oblige les Etats à tout faire pour prévenir un génocide.
Comment expliquer une telle faillite politique et morale? Plusieurs facteurs ont pesé: les liens étroits, notamment sur le plan militaire, tissés entre la Suisse et Israël, encore renforcés sous la houlette du conseiller fédéral PLR, Ignazio Cassis; le réseau d’influence entretenu par Elbit Systems et le lobby de l’armement à Berne1> Ce sera le thème d’un troisième volet de notre enquête, à paraître prochainement.; sans oublier le poids du patronat helvétique, décidé à maintenir son business avec l’Etat hébreu – et à profiter des lucratives affaires compensatoires liées aux achats de matériel de guerre.
A l’heure où Armasuisse envisage d’acheter un nouveau système de défense antiaérienne à Israël, la revendication du boycott militaire face à cet Etat génocidaire doit résonner plus fort que jamais.
Notes