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Le Courrier L'essentiel, autrement

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Trente-deux ans plus tard

Keystone
Assurance maladie

Un marronnier: avec l’arrivée de l’automne, les augmentations des primes maladie se ramassent à la pelle. De 5% en moyenne suisse. Une des causes principales qui poussent un nombre grandissant de personnes sous la limite du seuil de pauvreté. Et un système injuste, puisqu’il s’agit d’une flat tax où les revenus modestes paient la même somme qu’un millionnaire.

Le système de financement des soins est hors de contrôle. Les réponses politiques sont un peu convenues: indignation devant ces hausses, doublée d’un certain fatalisme. Et, à droite, de nouvelles attaques contre les prestations et le service public. Le Parti socialiste suisse (PSS) annonce une initiative populaire pour financer via l’impôt une partie des primes maladie. Tant mieux si cela soulage quelque peu la classe moyenne (les moins bien loti·es voient d’ores et déjà un bout de leur prime pris en charge par la collectivité publique, voire la totalité pour les plus pauvres).

>Lire notre article sur le sujet.

Reste que cela ne résoudra pas le problème. Le prétendu marché ne fonctionne pas pour des raisons structurelles. Les caisses arrivent tout de même à favoriser les bons risques. Et une partie des soins a été privatisée, avec des effets pervers qui voient certaines cliniques mener de féroces bras de fer avec les assureurs, au détriment de l’accès à certaines prestations. En parallèle, un système de  santé à deux vitesses s’impose.

L’initiative du PSS vient alimenter cette usine à gaz en y mettant une couche bureaucratique supplémentaire, sans s’attaquer au fond du problème. Les faits sont têtus: la question d’une caisse unique, avec des primes proportionnelles au revenu, reste la seule issue durable à l’impasse du système de santé helvétique.

En 1994, lors du vote de la Loi sur l’assurance-maladie (LAMal), la gauche a lâché l’initiative qui prônait une sécu à la sauce suisse, avec des cotisations paritaires en fonction du revenu. Un texte qu’elle avait pourtant elle-même lancé, abandonné pour le «compromis» de la LAMal. Quelque trente-deux ans plus tard, le PSS peine à sortir de cette impasse.

Le peuple a certes refusé en 2007 un projet de caisse unique avec des primes en fonction du revenu. Mais vingt ans plus tard, alors que les primes ont explosé, il est temps pour la gauche de revenir à la charge sur cette question. Si l’initiative du PSS permet de gagner quelques années de répit pour les assuré·es, tant mieux. Mais il ne faudrait pas qu’elle se transforme en oreiller de paresse bloquant tout débat sur une réponse structurelle et égalitaire à la crise de financement du système de santé suisse.