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F-35, mon amour

KEYSTONE/ARCHIVES
Défense

L’achat des avions de combats se mue de plus en plus en scandale. Début septembre, la commission de gestion du Conseil national révélait que, contrairement aux fariboles qui avaient été servies au bon peuple, il n’y avait jamais eu de prix fixe pour l’acquisition de ces coûteux engins. Résultat, les 6 milliards de francs votés ne permettent d’acquérir «que» 30 de ces avions en lieu et places des 36 annoncés. Et le surcoût est d’ores et déjà de 400 millions.

En début de semaine, Martin Pfister, le ministre de la Défense, était assailli de questions lors de la session d’automne du Parlement fédéral. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ses réponses sont vaseuses. Le rôle d’un cabinet d’avocats privé est notamment mis en lumière par la commission de gestion du national. En clair: le Département de la défense a externalisé les négociations et laissé des privés négocier sur un dossier éminemment stratégique et sensible. Et sans être tenu au courant d’éléments cruciaux. Car cette officine a aussi géré la communication en vue de la votation. La fable d’un prix fixe provient notamment de ce pataquès.

> Lire notre enquête sur le sujet. 

Pas une mince affaire quand on se rappelle que le vote a été emporté d’une très courte longueur: 50,1% de oui. Le mensonge a peut-être fait la différence. Et la démocratie en sort discréditée. Que penser de Martin Pfister qui avoue mardi devant les député·es que ces contrats sont très compliqués à lire et, surtout, à comprendre?

Un rapport du Conseil fédéral est annoncé pour décembre. L’idée d’une commission d’enquête parlementaire (aux pouvoirs d’investigation étendus) ne paraît pas d’actualité. Il est tellement plus facile de tout glisser sous le tapis. D’autant plus que les Pieds Nickelés du cabinet d’avocats semblent avoir table ouverte chez armasuisse, l’Office fédéral de l’armement. Ils conseillent sur d’autres dossiers sensibles, notamment celui des drones. Tout cela sent bon le Filz, cet entre-soi de la nomenklatura suisse, où intérêts privés et gestion de l’Etat s’entremêlent subtilement pour le profit de quelques-un·es.

Et on ne peut pas dire que le Département fédéral de la défense soit particulièrement prêt à l’autocritique. Un reportage du Temps <i>Edition du 23 septembre.</i> dans l’usine de fabrication des F-35 au Texas met en scène des responsables de l’armée suisse tout farauds de signer le fuselage du premier appareil en cours de montage et d’estimer, en plein déni, qu’il faudra plutôt en acquérir… entre 55 et 70.

On n’était pas forcé de faire confiance à nos édiles sur l’objet tel que soumis au scrutin; on a d’autant moins de raisons de le faire à l’avenir.