Un vote sans appel. L’initiative lancée par Pro Suisse et portée par l’UDC a bu la tasse: 29,9% de oui au niveau Suisse. C’est une bonne nouvelle à double titre. Ce résultat s’inscrit dans une perspective de décrue de l’extrême droite qui peine désormais à convaincre, rappelons-nous son échec sur la Suisse à 10 millions. Et c’est une déconvenue personnelle pour Christoph Blocher qui a grand ouvert son escarcelle pour financer la campagne.
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De fait, ce texte était dangereux et hypocrite. Il enfermait la Suisse dans une neutralité qui rimait allègrement avec complicité, mettant des régimes autoritaires, voire génocidaire si l’on pense à la guerre menée au Proche-Orient par Israël, dans des angles morts de la politique étrangère suisse. Ceci tout en ouvrant les portes à tout vent pour de sinistres commerces d’armement avec ces mêmes régimes.
Au-delà de la bonne nouvelle que constitue ce désaveu populaire, il sera important pour les forces politiques de gauche de construire une alternative aux tentatives de récupération de ce scrutin par le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, et les intérêts qu’il sert si servilement. En termes de politique extérieure, le résultat de ce week-end risque en effet, d’une part, de relancer les milieux militaires les plus favorables à une meilleure intégration à l’Otan. Et, d’autre part, il peut aussi être lu à l’aune du débat sur les Bilatérales III qui s’ouvrira dès lundi aux Chambres fédérales.
En termes de politique intérieure de la Suisse, avec un bloc bourgeois guère ouvert au compromis, le danger est le même. Si le résultat de ce week-end est compris par celui-ci comme un blanc-seing au démantèlement et au dumping social, le risque d’aller dans le mur deviendra réel. Dans le cadre des Bilatérales III, parmi les sujets qui fâchent: la protection des délégué·es syndicaux·ales qui peuvent être licencié·es au bon vouloir du patronat s’ils ou elles se montrent trop combatif·ives.
Les semaines qui suivent vont être cruciales à cet égard. Les partis conservateurs vont-ils pousser leur avantage ou jouer la sécurité vu les intérêts en jeu? Pour l’heure, la première hypothèse n’est pas à exclure. La résistance que la gauche semble en mesure de lui opposer relève davantage de la partie congrue. A commencer par l’enjeu du financement de la treizième rente AVS qui risque d’être couvert par un supplément de TVA, impôt antisocial s’il en est.
Le Syndicat des services publics a décidé ce week-end de mener une campagne minoritaire pour le non, contrairement aux autres forces progressistes. Ajoutée au référendum sur l’exportation du matériel de guerre, au-delà du légitime enjeu de justice sociale, c’est aussi une vision plus large de quelle Suisse nous voulons qui se jouera sur ce scrutin fédéral du 29 novembre prochain.