Hasan. Avant lui Alireza, Ali Reza et Ali P. C’était peu après Yemane. Cette triste litanie est celle des jeunes réfugiés ayant mis fin à leurs jours à Genève ces dernières années, faute d’avoir trouvé au bout de leur parcours harassant de quoi panser les blessures de l’exil. L’histoire s’est encore répétée, à la fin de ce mois d’août, avec le geste désespéré d’Hasan, 29 ans, pour qui l’on aurait pu penser que tout sourirait désormais, mais qui n’avait visiblement pas trouvé le repos.
Son histoire rappelle combien le parcours de ces jeunes brisés ne tient qu’à un fil. Les années de route, de sévices, de deuils, au bout desquelles se dessinent des perspectives incertaines, faites de nombreuses désillusions, laissent des traces indélébiles. La politique d’accueil se joue sur le temps long. Offrir un environnement digne, dessiner des lendemains encourageants, c’est le travail d’aujourd’hui dont on pourra récolter les fruits demain. Même si l’on observe récemment une amélioration générale de la prise en charge des jeunes (réfugiés) mineurs non-accompagnés à Genève, l’élan vient bien tard et se voit déjà menacé par les relents du pacte sur la migration et l’asile, qui facilite notamment les procédures de renvoi.
Les morts par suicide restent la pointe de l’iceberg. A l’abri des regards, d’autres sombrent, songeant au pire à défaut de voir un meilleur advenir. A celles et ceux qui en ont déjà trop vu, on demande de redoubler d’efforts pour s’intégrer, pour mériter rien qu’une chance dans notre pays. Oubliant que ce sont des enfants, des adolescent·es, des jeunes adultes avant d’être des migrant·es, en pleine construction de leurs rêves et de leur identité. A tant d’égards fragiles.
Hasan, Alireza, Ali Reza, Ali, Yemane. On voudrait que cette liste n’ait plus jamais à s’allonger, et cela passe par de vraies politiques d’accueil remettant l’humain au cœur des priorités. Prendre soin, reconstruire du lien, donner du sens à la vie. Que l’on soit décideur·euses ou simples citoyen·nes, la mémoire de ceux qui ont disparu nous oblige.