Skip to content

Le Courrier L'essentiel, autrement

Je m'abonne

Faire payer les coupables

Une jeune fille tente de retrouver ses affaires d'école emportées par la crue à Galchhi, au Népal. KEYSTONE
Crue au Népal

«On veut que vos pays paient.»

Au Népal, une exigence de justice climatique émerge de secteurs de la société civile. Elle vise les Etats du Nord Global, alors que le bilan de la coulée de boue qui a ravagé le pays continue à s’alourdir – mardi, les autorités décomptaient plus de 1000 mort·es et toujours près de 5000 disparu·es.

Dans les jours suivant la catastrophe, de nombreuses organisations internationales ont lancé des appels aux dons. Une solidarité d’autant plus nécessaire que les pays riches, Etats-Unis en tête, ont coupé massivement dans la coopération et l’aide humanitaire ces dernières années – avec des conséquences tragiques à la clé.

Après la sidération, un narratif plus acéré sur les ressorts de ce désastre gagne en visibilité. Il est porté par des acteur·ices népalais·es souvent jeunes et qui, à l’image de la militante Prakriti Bhattarai Basnet, soulignent un paradoxe: le Népal a une responsabilité insignifiante dans le réchauffement climatique en cours – il produisait 0,025% des émissions mondiales en 2009, selon une étude d’Oxfam. En revanche, sa population, avant tout la plus pauvre, est massivement impactée par ses conséquences. Notamment en raison de l’accélération brutale de la fonte des glaciers, qui a joué un rôle clé dans les crues meurtrières de la semaine passée.

A l’échelle mondiale, cette contradiction est une règle. Comme le souligne Oxfam, les personnes vivant dans les pays à revenu faible ou moyen sont cinq fois plus susceptibles d’être déplacées en raison d’événements climatiques extrêmes. En revanche, les 1% les plus riches, qui polluent plus que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, peuvent s’adapter tranquillement au réchauffement. Et même, pour les plus allumés d’entre eux, envisager de vivre dans un bunker de luxe ou dans l’espace, après le déluge.

Ces méga-pollueurs ont un nom, un prénom et une adresse. Il s’agit des actionnaires des principales banques et multinationales sur le globe. Dans leur majorité, ils restent issus des pays occidentaux, même si des pôles capitalistes importants se sont consolidés en Chine et en Inde. Une part non négligeable de ces ultra-riches a d’ailleurs élu domicile dans le paradis fiscal helvétique.

Les réparations exigées par la société civile népalaise sont donc totalement justifiées. Accéder à leur exigence de justice climatique implique de taxer enfin les ultra-riches de manière conséquente. Mais aussi de remettre en cause le système qu’ils dirigent à leur profit: le capitalisme écocidaire.

Autour de l'article