Le rapport est ardu, ses conclusions inquiétantes. Un article de Mediapart 1>Romaric Godin, «Pourquoi la transition écologique est un leurre», Mediapart, 11 août 2026 relaie les grandes lignes d’une étude du Fonds monétaire international (FMI)2>William Oman, Etienne Espagne, Jean-Baptiste Fressoz, «The Generalized Jevons Paradox and the Future of Energy», IMF Working Papers, No 157, juillet 2026. D’où il ressort que le concept de transition écologique est un leurre. Selon le modèle classique, la sortie d’une économie fortement émettrice en carbone – celle qui contribue au réchauffement climatique – peut se faire via la substitution de la filière des hydrocarbures par l’électrique. En remplaçant notamment les moteurs thermiques par des véhicules alimentés par du courant, les objectifs de l’Accord de Paris visant à une neutralité carbone en 2050 sont atteignables. Il suffit de rendre la filière du renouvelable – éolien, solaire, géothermie – suffisamment compétitive, et le tour est joué.
Cette approche est d’ailleurs celle de la Suisse, comme le montre un article récent de La Vie économique, l’organe du Secrétariat à l’économie (Seco)3>Matthias Leuthard, Lucas Bretschger, «Comment les points de bascule peuvent accélérer la décarbonation», La Vie économique, du 13 juillet 2026. Ce papier postule que les points de bascule, qui désignent les seuils de déstabilisation climatique – souvent irréversibles – , peuvent aussi être compris de manière positive. Un certain niveau atteint, un changement technique devient lui aussi incontournable, et ses effets s’amplifient. Dans cette logique, le solaire devient automatique et incontournable.
La recherche du FMI vient toutefois doucher cet optimisme. La part des énergies renouvelables progresse, certes, mais les émissions de CO2 sont elles aussi en augmentation. En 2024, il en a été lâché 1,7 fois plus dans l’atmosphère qu’en 1990. La cause en est simple: les nouvelles énergies ne remplacent pas les anciennes, elles ont plutôt tendance à s’additionner. La consommation de bois n’a pas diminué avec le charbon comme moteur de l’industrialisation; lorsque le pétrole s’est imposé, l’humanité a continué à consommer du charbon, etc.
Bref, de très fortes pesanteurs obligent à aborder avec prudence le concept de transition écologique. Le technosolutionnisme ne sera pas une réponse à la hauteur des enjeux, et une révolution copernicienne est indispensable si l’humanité veut prévenir la catastrophe climatique qui vient. Concrètement, cela nécessite une rupture avec le capitalisme, pour reprendre les revendications des jeunes à l’origine de la grève climatique.
Notes