Les épisodes de chaleur extrême qui ont marqué la Suisse et l’Europe cet été ont des conséquences visibles sur nos paysages, nos écosystèmes et nos conditions de vie: incendies, glaciers qui reculent, manque d’eau pour l’agriculture et les pâturages de montagne, villes étouffantes. Le dérèglement climatique n’est plus une menace lointaine: il nous frappe de plein fouet et rythme désormais les conversations comme l’actualité médiatique.
En Espagne, pas moins de 280’000 hectares sont partis en fumée depuis le début de cette année, selon le système européen d’information sur les incendies de forêt. La France a déjà battu en 2026 le triste record des surfaces brûlées en vingt ans de mesures satellitaires, avec près de 100’000 hectares incendiés. Des centaines d’hectares de forêt sont partis en fumée dans l’est de la Belgique et les pompiers luttent encore contre les flammes. C’est dans ce contexte alarmant que nous apprenons par la presse que Berne a décidé de supprimer, dès 2027, les 25 millions de francs annuels prévus pour renforcer l’adaptation des forêts suisses au dérèglement climatique, notamment à la chaleur.
En Suisse, la température moyenne annuelle a déjà augmenté d’environ 3 °C par rapport à l’ère préindustrielle, soit deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale. Face à cette réalité, réduire les moyens consacrés à l’adaptation de notre pays au réchauffement climatique est incompréhensible, même en période de restrictions budgétaires, tant les enjeux sont importants. Cette décision montre aussi que les efforts de la Suisse restent insuffisants face aux défis climatiques et que notre pays ne prend pas pleinement ses responsabilités.
Une responsabilité à assumer. L’Accord de Paris prévoit que les «pays développés» doivent montrer l’exemple dans la lutte contre le changement climatique, compte tenu de leur responsabilité historique et de leurs émissions bien plus élevées. Or, et Swissaid le constate dans ses pays partenaires, les «pays en développement» sont parmi les plus durement touchés par le dérèglement climatique, alors qu’ils y contribuent bien moins: à elle seule, l’Afrique ne représente qu’environ 4% des émissions mondiales de CO2.
Cette responsabilité vaut aussi pour la manière dont la Suisse atteint ses propres objectifs. Berne s’est fixé un objectif de réduction de 65% de ses émissions d’ici 2035, par rapport à leur niveau de 1990. La Suisse entend atteindre un tiers de cet objectif via des projets de réduction à l’étranger. Elle peut ainsi comptabiliser, dans ses propres efforts, des baisses d’émissions réalisées dans des pays en développement. La Confédération a par exemple soutenu un programme de bus électriques à Bangkok, en Thaïlande, puis comptabilise les réductions d’émissions générées par ce projet dans le cadre de ses propres objectifs climatiques. La démarche laisse songeur·euse, d’autant plus lorsque l’on sait que la Thaïlande ne peut pas comptabiliser ces mêmes réductions dans ses propres objectifs.
Dans une récente interview au Temps, le conseiller fédéral Albert Rösti, en charge de l’environnement, souligne que «la Suisse ne représente qu’un millième des émissions mondiales de CO2». Cette comparaison mérite d’être nuancée car elle ne tient nullement compte des émissions liées aux biens et services que la Suisse importe. Selon l’Office fédéral de l’environnement, l’empreinte climatique de la Suisse atteint environ 15 tonnes d’équivalents CO2 par habitant·e et par an, dont une grande partie est générée à l’étranger. Ces chiffres reflètent les conséquences importantes de notre niveau de consommation et nous propulsent parmi les plus grands émetteurs de la planète.
Le ministre UDC souligne également la nécessité que «tous les pays agissent de concert» dans la lutte contre le réchauffement climatique. C’est exact. Mais agir ensemble implique aussi de financer les efforts des pays en développement les plus démunis, qui subissent les conséquences d’un modèle de production et de consommation dont nous bénéficions. Fin 2024, les Etats ont fixé un objectif de 300 milliards de dollars par an jusqu’en 2035 pour contribuer au financement de la lutte contre le changement climatique dans ces pays. A ce jour, la Suisse n’a toujours pas clairement défini sa contribution à cet effort.
Deux rendez-vous clés. Cet automne, la consultation sur la nouvelle loi sur le CO2 pour 2031-2040 sera l’occasion de défendre des mesures à la hauteur de l’urgence climatique. Puis, en octobre 2027, les élections fédérales permettront de faire entendre l’exigence d’une politique climatique enfin à la hauteur des défis auxquels nous sommes confronté·es.