Trouver un·e psychothérapeute est un casse-tête. Et pourtant la réforme du financement par la LAMAL entré en vigueur en 2022 devait en principe résoudre ce problème, puisque jusque-là il fallait qu’un·e psychologue soit supervisé·e par un·e psychiatre pour que le ou la patient·e soit remboursé·e.
Maintenant, à l’instar des physiothérapeutes, une prescription médicale simple donne droit à 2×30 séances de psychothérapie. Un tarif provisoire a été défini qui deviendra définitif pour toute la Suisse et uniforme en janvier 2027. Cela a amélioré la situation des psychothérapeutes formé·es et reconnu·es par la Fédération suisse des psychologues (FSP), mais cela a plutôt compliqué la formation de la relève et donc le nombre de professionnel·les à disposition pour répondre à la demande.
Rappelons que tout·e psychothérapeute doit avoir un master en psychologie ou un diplôme de médecin puis faire une formation post-graduée en cours d’emploi, au minimum de 240 heures sur trois ans en plus d’un certain nombre de suivis supervisés. Il est d’autre part exigé qu’au moins un an à plein temps ait été exercé dans une institution ambulatoire ou stationnaire de soins psychothérapeutiques-psychiatriques, si l’on prétend être remboursé par la LAMAL. Les formations reconnues par la FSP qui conduisent à un titre de spécialisation FSP correspondent en règle générale au Master of Advanced Studies (MAS) d’une haute école suisse.
Il est normal que la formation soit bien réglementée, une manière de s’assurer de la qualité de la prise en charge des patient·es, ceci d’autant plus que le financement est socialisé via le remboursement par la LAMAL.
Mais entamer une formation de psychothérapeute est un vrai parcours du combattant: pour pouvoir s’inscrire dans un MAS, il faut démontrer que l’on a un contrat de travail dans un centre habilité. Et il faut bien comprendre que les admissions à la formation se font sur dossier et sont donc «au bon vouloir» de l’école, les places étant très limitées. Un·e psychothérapeute FSP reconnu·e ne peut engager un·e psychologue en formation qu’après trois ans de pratique. Force est de constater que les places de formation manquent cruellement, tant dans le privé que dans les institutions publiques ou parapubliques, surtout pour l’année en psychiatrie institutionnelle. De plus, les cursus proposés en Suisse romande ne sont pas ouverts chaque année. Donc, un·e psychologue sortant de l’université avec son master risque d’être condamné·e à s’inscrire au chômage ou à travailler dans une autre activité que celle pour laquelle il ou elle a été formé·e: situation ubuesque aussi si l’on se souvient de l’investissement sociétal dans la formation universitaire.
Quand on se rappelle le manque cruel de psychothérapeutes, on devrait se dire qu’il y a mieux à faire. Les institutions publiques ou para-publiques ne pourraient-elles pas augmenter le nombre de places de formation? Ne devrait-on pas admettre qu’un·e psychothérapeute FSP peut dès sa spécialisation en poche engager un·e assistant·e? Actuellement, je ne vois pas vraiment de pistes proposées par la FSP, plus préoccupée, semble-t-il, par le tarif payé par la LAMAL que par l’amélioration de la disponibilité des prestations à la population.
Autre goulet d’étranglement: le prix de la formation. En effet, la FSP estime que la formation coûte entre 30 et 50 000 francs. Contrairement, par exemple, aux médecins, où la formation post-graduée est intégrée dans les postes de travail et donc payée de fait partiellement par les cantons. Il n’en est rien de la formation des psychothérapeutes qui doivent entièrement payer de leur poche… Comment sortir 15 000 francs par anné en travaillant à temps partiel pour pouvoir assister à la formation et faire vivre une famille (ou simplement vivre seul·e)?
Le besoin de psychothérapeutes est avéré (on ne le crée pas, contrairement à ce que certain·es politicien·nes veulent laisser entendre), le nombre de psychologues terminant leurs études universitaires est relativement suffisant, mais le système mis en place n’arrive pas à les intégrer de manière satisfaisante. La psychologie a plusieurs volets: pourquoi une fois de plus seules les psychothérapies sont-elles remboursées alors que des consultations à visée préventives, par exemple en lien avec l’alimentation ou le mouvement, ne le sont pas? (Mais c’est un autre débat…ou pas!)
Il est impératif de trouver une solution et donc de mettre les acteurs ensemble pour permettre un accès équitable à des prestations payées par les assurances, sur prescription médicale, dois-je le répéter? C’est une vraie question de cohésion sociale.