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Le Michigan envoie un signal fort

Abdul El-Sayed s'exprime mercredi lors d'une conférence de presse après avoir remporté l'investiture démocrate pour le Sénat américain au Michigan. KEYSTONE
États-Unis

Les lignes de crête bougent dans le Parti démocrate étasunien. Mardi, un outsider de gauche l’a emporté face une cacique choyée par l’establishment de la formation à l’âne: Abdul El-Sayed, un médecin de 41 ans d’origine égyptienne, appuyé par des figures comme Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) ou Zohran Mamdani, l’a emporté avec une courte avance d’un point contre la sortante Haley Stevens. Ceci à l’issue d’une des campagnes les plus chères pour ce type d’élection, le lobby pro-israélien ayant à lui seul mis 30 millions de dollars pour soutenir la fervente supportrice d’Israël.

C’est peut-être la première leçon de ce scrutin. Le soutien étasunien à l’Etat hébreu s’érode. Abdul El-Sayed n’hésite pas à utiliser le terme de génocide pour qualifier la guerre mortifère menée par Israël à Gaza et désormais au-delà. Cela ne l’a pas disqualifié, malgré les accusations d’antisémitisme que ses adversaires ont tenté de lui accrocher aux basques.

Le caractère massif des financements de la campagne de la sortante l’a d’ailleurs peut-être desservie. Acheter une élection n’est pas très populaire, y compris dans un pays aussi mercantile que les Etats-Unis. Le traditionnel porte-à-porte d’Abdul El Sayed s’est révélé plus efficace. Une bonne nouvelle pour la démocratie.

Un avertissement aux dirigeant·es d’un Parti démocrate à la dérive et instrumentalisé par une direction de plus en plus coupée de sa base. Lors des dernières présidentielles, il n’a pas été tenu compte de la campagne «uncommited» lancée durant les primaires pour mettre fin au soutien inconditionnel de la formation à la politique israélienne. Dans l’Etat du Michigan, 100’000 électeurs et électrices (13% des votant·es) avaient ainsi glissé un bulletin blanc dans l’urne. Le vent est en train de tourner. Pas seulement au sein du Parti démocrate. Les Républicain·es sont de plus en plus divisé·es sur les guerres folles lancées par Donald Trump, en violation de ses promesses électorales.

Deuxième leçon de ce scrutin: c’est sur un programme politique progressiste que le nouveau candidat l’a emporté. Lutte contre la vie chère, accès à la santé, à l’éducation, refus de la dérive autoritaire, voire fascisante, du gouvernement Trump incarnée par l’ICE… Un volontarisme et des perspectives concrètes qui contrastent avec l’absence de propositions sérieuses portées par la députation démocrate au Congrès, qui ne semble pas en mesure d’appréhender les problèmes de fin du mois qui se posent à une grande partie de la population étasunienne.

Cette recomposition politique sera intéressante à suivre cet automne, lors des élections de mi-mandat. En effet, la désignation d’Abdul El-Sayed a été précédée par d’autres basculements du même type dans d’autres Etats. Au point que des voix alarmistes se font entendre du côté des Républicain·es. Certain·es craignent en effet que le jusqu’au-boutisme et l’affairisme de Donald Trump et de ses courtisan·es n’ouvre la voie à une candidature démocrate marquée à gauche, de type AOC, lors de la présidentielle de 2028.