Le visage empreint d’une compassion qu’on ne lui connaît guère, Donald Trump est apparu dimanche dernier sur son réseau social en Jésus penché au chevet d’un homme blessé. L’image a été retirée lundi matin à la suite des réactions choquées de soutiens fidèles du président étasunien. L’écart de trop pour une partie de son électorat?
Si les chrétien·nes nationalistes auront pu trouver leur compte dans cette vignette qui allie référence biblique, soldats et drapeau américain, nombre d’autres s’en sont clairement désolidarisé·es. Pour l’ex-élue trumpiste Marjorie Taylor Greene (en rupture avec le président), la publication «est plus qu’un blasphème. C’est un esprit antéchrist», écrit-elle sur le réseau X. D’après la tradition chrétienne, l’Antéchrist est cet imposteur qui apparaît à la fin des temps, contrefaisant le visage du Christ.
Dans une guerre qui s’écrit comme une épopée messianique, les symboles comptent. Pour le ministre de la défense Pete Hegseth, évangélique extrême qui se voit en croisé des temps modernes, la guerre contre l’Iran est un Armageddon qui préfigure le retour du Christ. Porté au pouvoir par le vote des évangéliques, Trump a peut-être, sans même s’en douter, convoqué une figure susceptible de nourrir la défiance exprimée envers le conflit jusqu’au sein de sa base MAGA (Make America Great Again).
La publication de Donald Trump a suivi de peu la violente charge que celui-ci a émise contre le pape Léon XIV, qui avait jugé «inacceptable» la menace américaine d’«anéantir la civilisation iranienne». Le pontife, qui dénonçait déjà l’offensive de l’administration Trump contre l’immigration illégale et l’intervention étasunienne au Venezuela, a été jugé «nul en politique étrangère» et «faible» en matière de lutte contre la criminalité. Aussi bien la hiérarchie catholique américaine qu’un nombre significatif des soutiens de Donald Trump ont vigoureusement protesté contre les déclarations du président. En 2024, 54% des catholiques avaient voté pour lui.
Alors que son ascendant sur son camp était déjà fragilisé, notamment par sa gestion du dossier Epstein, et sa cote de popularité au plus bas, le président pouvait-il se permettre de heurter les convictions religieuses intimes de ses électeurs et électrices? Le résultat des midterms reposera la question en novembre.