Cuba se meurt dans l’indifférence. La mortalité infantile a doublé récemment faute d’accès aux médicaments, pointe le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Dans un pays connu pour l’exemplarité de son système de santé, la nouvelle illustre un véritable effondrement. Depuis le mois de janvier, Washington impose un blocus pétrolier inique à La Havane. En 2016, Donald Trump avait déjà musclé l’embargo commercial étasunien illégal décrété en 1962.
La situation s’est encore aggravée après l’agression militaire au Venezuela et l’enlèvement de Nicolas Maduro au début de l’année, qui a interrompu les livraisons de brut à Cuba. Blâmer dans ce contexte la mauvaise gestion «communiste» comme le fait Donald Trump est d’un cynisme absolu. Si corruption, pesanteurs bureaucratiques et violations des droits humains sont bien présentes à Cuba, comme dans de nombreux autres pays, celles-ci n’expliquent pas les difficultés actuelles de l’île, pas plus que la planification centralisée.
Graves pénuries de nourriture et d’eau, coupures incessantes de courant, le peuple cubain est soumis sciemment de l’extérieur à une grave crise humanitaire et à des violations massives de ses droits humains. Les Etats-Unis commettent de la sorte un grave crime international et les Occidentaux suivent sans broncher.
Alors que l’Assemblée générale de l’ONU adopte chaque année depuis plus de trente ans à la quasi-unanimité1>Seuls les Etats-Unis et Israël s’y opposaient jusqu’à 2025. Ils sont passés à 7 en 2025. une résolution condamnant ces sanctions, le front contre le blocus faiblit. Le 7 juillet, 136 Etats ont demandé la réouverture d’un débat urgent sur l’embargo en raison de la gravité de la situation. Neuf membres ont voté contre, dont l’Argentine, le Costa Rica et l’Ukraine. Plusieurs Etats occidentaux se sont abstenus, dont l’Allemagne, l’Italie et le Canada, donnant un signal d’alignement sur Washington.
Dans le cadre de ce débat portant sur la catastrophe humanitaire, Stavros Lambrinidis, représentant de l’Union européenne (UE), a affirmé l’urgence pour Cuba d’engager des réformes politiques et économiques. Surtout économiques, bien sûr. C’est bien là le but de l’embargo, que l’UE fait mine de déplorer: le retour du capitalisme dans la patrie de Fidel Castro. Et l’étranglement produit ses effets. En juin dernier, le parlement a été contraint de libéraliser les marchés et les investissements étrangers directs pour éviter que le pays ne sombre.
Côté politique, les élites cubaines et la bureaucratie, elles, pétries d’avantages, se portent bien. A moins qu’une nouvelle intervention militaire de Donald Trump ne vienne les remplacer par d’autres, alignées sur ses intérêts.
Notes