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Le Courrier L'essentiel, autrement

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L’Empire est nu

Des visiteurs regardent certaines des 13 statues en bronze consacrées à la Guerre d'Indépendance, installées par l'administration Trump sur Freedom Plaza à Washington. L'exposition temporaire, intitulée «Spirit of '76 at Freedom Plaza», a ouvert ses portes le 30 juin. KEYSTONE
États-Unis

La discordance entre les prétentions mirifiques de Donald Trump sur la rénovation du bassin du Lincoln Memorial de Washington et le marigot putride qui croupit désormais devant l’obélisque symbolise bien le décalage permanent entre les promesses du président étasunien et la réalité. Mais, au-delà, cette dissonance est aussi celle des Etats-Unis, qui résonne depuis leur naissance il y a 250 ans, célébrée ce 4 juillet outre-Atlantique.

Que dire d’une nation qui proclame en 1776 que «tous les hommes sont créés égaux» et détiennent des droits inaliénables à la vie et à la liberté d’un côté, et qui, de l’autre, renforce l’esclavagisme, organise le génocide des autochtones et assoit la domination d’une oligarchie terrienne? Le paradoxe n’a guère changé: la contradiction observée aujourd’hui entre la mise en coupe réglée de la société par les 1% les plus riches et les grandes déclarations sur la démocratie et l’égalité des chances constitue davantage une continuité historique plutôt qu’une rupture avec le rêve américain – miroir aux alouettes s’il en est.

De même, la politique de Donald Trump, ploutocratique, raciste, liberticide et belliciste, n’a de vraiment nouveau que son caractère décomplexé. Elle n’a fait qu’aggraver les orientations des décennies précédentes, incarnées y compris par le camp démocrate, qui se paraient, elles, de jolis atours: une mondialisation prospère, la liberté et la démocratie pour tous les peuples. Que n’ont pas fait les Etats-Unis dans le monde au nom de ces deux dernières nobles causes? Faut-il rappeler les massacres commis en Corée, au Vietnam et au Cambodge? Les agressions militaires contre l’Irak et l’Afghanistan, tout aussi désastreuses que celle qui cible l’Iran aujourd’hui? Les 42 interventions de Washington en Amérique latine ayant entraîné un changement de régime aux effets durables et délétères, dont celle contre le Venezuela le 3 janvier dernier? «Les Etats-Unis sont la principale menace à la paix mondiale», a alerté pendant des décennies Noam Chomsky, figure intellectuelle de la gauche nord-américaine.

Avec Donald Trump le verni s’est craquelé. Mais pas seulement. Le forcené de Washington est également le symptôme d’un empire en déclin. Humilié par la puissance de ses rivaux, en particulier la Chine, le despote rugit, ment comme il respire, délire ou fait semblant, rue dans les brancards… et mord. Rien n’est plus dangereux qu’un fauve blessé.

Nous célébrerons pour notre part les idéaux de la Constitution étasunienne – dont la souveraineté populaire – et saluons le courage de tous les militant·es en lutte contre ICE à Minneapolis, contre le génocide à Gaza sur les campus, ou de celles et ceux qui ont défilé au mot d’ordre de «No King» partout dans le pays et notamment à New York, aux côtés du maire démocrate socialiste, Zohran Mamdani. L’espoir est toujours de mise.